Alors oui, le Ministre de l’Immigration, Eric Besson a raison de proposer la fermeture des entreprises qui emploient les sans papiers. Pour ceux qui suivent les dossiers des sans papiers, on est surpris de trouver dans une même société 2, 3 voire plusieurs sans papiers qui y travaillent depuis 2 à 5 ans en toute illégalité. Le meilleur étant de constater à posteriori que non seulement les entreprises le savent, car elles leur assurent parfois un habitat sommaire dans des mobile homes achetés par les patrons et installés non loin de l’entreprise ou de l’usine afin que leurs employés sans papiers puissent tirer l’eau de l’entreprise, mais en plus elles en jouent.
Autre argument qui ne trompe pas, les sans papiers sont souvent liés par des liens communautaires ou de sang. Ils viennent du même village, du même quartier ou sont cousins et frères et vivent ensemble ici. Il n’est pas possible d’alléguer que le patron n’a pas connaissance de cet état de choses.
En réalité, il le sait depuis le début, puisque, il hérite d’un premier sans papier qui lui est envoyé par un autre chef d’entreprise du même groupe. Au sein d’un même groupe européen de fabrication de palettes par exemple, l’unité Parisienne enverra un sans papier à celle de l’Isère ou de Lyon.
Par la suite, l’importance du travail et la recherche d’une main-d’œuvre corvéable à merci conduiront le patron de l’unité Isèroise à demander à son employé sans papiers s’il n’a pas un frère ou un cousin dans la même situation que lui en promettant une régularisation éventuelle qui ne viendra jamais. Sentant l’aubaine, le sans papier fait venir ses cousins et frères sur le site Isèrois, et c’est comme cela qu’on se retrouve avec un turnover impressionnant de sans papiers dans les ateliers d’usines de fabrication des palettes.
Pour brouiller les pistes sur le nombre de travailleurs sans papiers, ceux-ci sont ventilés dans les multiples points de soustraitance créés à cet effet de dissimulation et qui peuvent fermer sans préavis du jour au lendemain. Les Inspecteurs n’y voient que du feu, puisque les papiers sont parfois de vrais faux sortis en Préfecture à Paris et vendus au marché noir à partir de 1 500 euros.
Avec ces papiers, les employeurs font les déclarations aux organismes de droit qui, eux-aussi ne voient que du feu ou plutôt ferment les yeux. La seule à être regardante est la Sécurité Sociale qui convoque les immatriculés qui - bien évidemment - ne se présenteront jamais à la convocation de la Sécurité sociale et travaillent sans Sécurité sociale à leurs risques et périls. L’employeur le sait et il s’en fout.
Celui qui a le moindre pépin est démissionné sur le champ et a consigne de ne rien dire. La loi de l’Omerta règne dans le secteur.
Réseau de faux visas à l’étranger et vrais faux titres de séjour en vente au marché noir
Premier point. Aucune institution étatique ne contrôle l’authenticité des papiers des immigrés clandestins au travail.
Deuxième point. Il existe un réseau de vrais faux papiers qui sortent des Préfectures Françaises. On se demande comment ?
Troisième point. Les employeurs et les travailleurs sans papiers sont de mèche.
Quatrième point. La politique de l’immigration n’a aucune logique. Un sans papier sorti tout droit de son village africain et s’exprimant dans un français approximatif est régularisé, par le truchement des associations et des syndicats sur la base de critères humanitaires. Soit.
Dès la délivrance de la première carte d’un an, la Préfecture lui donne accès à des cours de langue. Jusque là OK. Dans la foulée, elle lui précise qu’il peut d’ores et déjà bénéficier du droit au regroupement familial. En un mois, le sans papier qui totalise 7 voire 10 ans de vie clandestine en France devient citoyen français à part entière, sans aucune transition. C’est la prime à la triche.
Cinquième point. L’ambiguïté de la politique de l’immigration en France vient de ce fait. Tout titre vaut nationalité française tôt ou tard et regroupement familial. Y compris pour ceux qui obtiennent un titre de réfugiés qui va se transformer en titre national.
Sixième point. L’amalgame entre les réfugiés, les sans papiers qui travaillent, les clandestins et le droit au regroupement familial est manifeste. Avec cette impression mitigée que tous les chemins mènent à Rome.
Septième point. L’appel d’air ne réside pas seulement du côté des vagues d’immigrés clandestins qui arrivent en France mais du côté des organismes Français : dans les Préfectures d’où partent les vrais faux titres de séjour ; dans une politique d’immigration qui ne connaît que l’installation définitive, quelles que soient la voie et les circonstances d’entrée ; dans les organismes consulaires français à l’étranger. Et c’est là le hic. Qui délivre les visas aux immigrés clandestins ?
Huitième point. Les travailleurs sans papiers sont tous entrés en France avec des visas en bonne et due forme tamponnés sur leurs passeports. Lors d’un séjour récent en Afrique - cet été - , j’ai constaté que ceux qui obtiennent ces visas proviennent des milieux populaires, extrêmement pauvres, sont souvent sous alphabétisés et pourtant ce sont eux qui obtiennent des visas pour la France. Et, depuis l’Afrique, ils peuvent vous décrire le réseau qu’ils vont intégrer. Ils ont des passeurs qui s’occupent d’obtenir les visas dans les Ambassades de France en Afrique. Et ces visas sont délivrés moyennant finances sans que les agents aient jamais vu les candidats au séjour.
Neuvième point. Il existe un réseau clandestin de délivrance des visas dans les Consulats Français à l’étranger. Cela concerne le Ministère des Affaires Etrangères et le Ministère de l’Immigration et peut-être aussi le Ministère de l’Intérieur plus encore que le Ministère du Travail qui intervient au bout de la chaîne mafieuse. Mais reconnaissons lui le mérite d’avoir haussé le ton sur la question.
Dixième point. Alors l’intégration ? Un parcours de Sisyphe. Figurez-vous qu’à l’heure actuelle, on vient en France par d’autres moyens : "les mariages gris" contractés dans les Ambassades par les ressortissants Français qui font le déplacement en Afrique et les mêmes mariages gris de sans papiers qui épousent les femmes ici en situation régulière. Ces mariages sont tout à fait réguliers.
Onzième point. Puis, il y a les fausses adoptions et les fausses reconnaissances d’enfants par les citoyens Français.
Au final, bien sûr qu’il faut sanctionner les entreprises qui sont à l’origine du business des sans papiers. L’Europe l’a déjà proposé. Mais, il ne faudrait pas oublier de sanctionner les pourvoyeurs des vrais faux titres de séjour et les trafiquants de visas dans les Ambassades Françaises.
Contribution à une politique d’immigration
Et puis, il faut une politique d’immigration juste. Une enquête simple au niveau des Préfectures peut aisément établir le profil des nouveaux immigrants : il s’agit d’une immigration de pauvres et sous scolarisée. Cette immigration là, une fois régularisée est la même qui ignore tout des codes de la société française, en dehors de ses réseaux clandestins. L’intégration de leurs enfants sera donc un problème hautement plus compliqué que celui auquel nous avons à faire face aujourd’hui pour des enfants nés sur le territoire français de parents déjà installés en France.
En France, il vaut mieux arriver clandestinement et se faire enregistrer en tant que demandeurs d’asile. On est pris en charge par l’Etat (logement, nourriture, soins, accompagnement social et civil) sur 6 mois à 1 an ; le temps de l’instruction de la demande à l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides). On a une chance sur deux d’être reconnu réfugié et de bénéficier de l’accompagnement social qui va avec.
La vérité c’est que ce sont de faux réfugiés, incapables de s’exprimer dans un Français correct au point où on a besoin de traducteurs lors des auditions de l’OFPRA et ce sont des réfugiés qui n’ont de culture politique et de militantisme politique qu’imaginaires. Le jeu est tel qu’il faut bien accorder quelques titres. Le problème c’est que ces mêmes réfugiés se rendent chez eux, une fois le titre obtenu, sur un territoire qu’ils avaient déclaré hostile à leur égard. Au nez et à la barbe de la France.
Plus tard, devenus Français, il ne reste plus aucune trace de la demande de statut de réfugiés. C’est toute la procédure qui en devient même ridicule et qui tourne à une mascarade. Les mêmes font venir autant d’enfants qu’ils peuvent déclarer. Qui veille à cela ? Personne. Autant les enfants des réfugiés nés sur le sol français peuvent prétendre à la nationalité française, autant un réfugié doit le rester... si une politique de l’immigration existait.
Enfin, on peut entrer en France avec les papiers appartenant à quelqu’un d’autre qui s’y trouve déjà. On peut entrer avec les papiers d’un résident en France qui décède à l’étranger. Les enfants peuvent voyager sur le passeport de quelqu’un d’autre que leurs propres parents, etc..
C’est vrai les sans papiers constituent le plus gros contingent. Ils sont estimés à 400 000 sur le sol Français. Avec leurs femmes et enfants à venir, certains étaient déjà polygames avant leur arrivée en France, tous Français en Puissance et exclus en puissance, tout un chacun peut comprendre qu’il y a urgence à sanctionner. Le tout étant de sanctionner non pas seulement les victimes consentantes, mais également les organisateurs de ce vaste trafic organisé en réseau de ramifications.
PS. Un prochain ouvrage sur la question est en gestation et reviendra en détail sur ces questions. En particulier sur les adoptions d’enfants : nouvelle porte d’entrée royale en France.