jeudi, 14 décembre 2017
 

"J’ai eu très peur. J’ai beaucoup perdu" : Dominique Strauss Kahn

Question de Claire Chazal que tout le monde attendait. Qu’est-ce qui s’est véritablement passé dans la chambre 2806 ?

DSK. Il n’y a eu ni violence, ni contrainte, ni agression. Il s’agit d’une relation inappropriée, d’une faute vis-à-vis de ma femme, de mes enfants, de mes amis, vis-à-vis des Français qui avaient placé leur confiance en moi. Une faute morale et je n’en suis pas fier. Je le regrette infiniment et je n’ai pas fini de le regretter.

Question. L’acte a été rapporté comme quelque chose de précipité laissant supposer qu’il s’agissait d’un acte tarifé.

DSK. Non.

Question. Et les traces d’agression sur la plaignante ?

DSK. Il faut lire le rapport du Procureur qui ne m’accuse en rien. L’Express, "ce tabloïd" a fait passer la fiche d’entrée médicale de la plaignante pour le rapport médical. Le rapport lui-même n’indique ni griffure, ni aucune trace de violence, ni sur moi, ni sur elle. Ce sur quoi il faut s’arrêter, c’est le rapport du Procureur. N’oubliez pas qu’il m’a mis les menottes.

Question. Vous êtes parti précipitamment. Tentiez-vous de fuir ?

DSK. Le billet avait été réservé depuis des jours.

Question. Croyez-vous que l’abandon des poursuites pénales vous blanchit ?

DSK. Nafissatou a menti sur tout, sur les faits. C’est le Procureur lui-même qui le dit : qu’il y a eu tellement de versions différentes qu’il ne pouvait plus en croire un mot. Il a mentionnné que dans pratiquement chacun des entretiens, elle a menti. "C’était surréaliste", c’est l’expression du bureau du Procureur.

Toute cette affaire est un mensonge. Les charges ont été abandonnées parce qu’il y a un doute. Un non lieu Américain est identique au non lieu Français. Il n’y a plus aucune preuve matérielle, ni de déclaration crédible.

Question. Les charges ont disparu au pénal, mais elles restent valables au civil.

DSK. Cela prouve bien que les motivations sont financières, depuis le début. La conversation que Nafissatou a eu avec son ami en prison le montrait très bien. Elle a contesté la traduction. Le Procureur a fait appel à un second traducteur qui a fait la même traduction que le premier.

J’ai eu très peur des mâchoires de cette machine (de la justice américaine). J’étais piétiné et humilié avant même de pouvoir dire un mot. Puis, il y a eu ces attaques terribles. J’ai beaucoup perdu.

Question. Pensez-vous à un piège ou à un complot ?

DSK. Un piège, c’est possible. Un complot, nous verrons. En page 12 du rapport du Procureur, il est indiqué que l’avocat Kenneth Thompson détenait un support sur les circulations dans l’hôtel qui ne provenait pas du bureau du Procureur. Ces informations que j’ai demandées m’ont été refusées. Pourquoi ?

Question. Quel a été le rôle de votre femme à vos côtés ?

DSK. Sans son soutien exceptionnel, je n’aurais pas résisté. J’ai une chance folle de l’avoir à mes côtés. Je lui ai fait du mal. Je m’en veux.

Question. Ne pensez-vous pas que tout cet argent a laissé le sentiment d’une Justice à deux vitesses ?

DSK. Le rôle de l’argent est choquant dans la Justice américaine. Mais on n’avait pas le choix. On a loué un 2 pièces. 300 journalistes étaient postés dans les rues rendant la vie de l’immeuble impossible. Les résidents ont demandé notre départ, car ils n’avaient plus de tranquilité.

Anne (Sinclair) a pris un studio de 20m2. On devait y rester 6 jours. Au bout de 3 jours, on en est parti. Il y avait 400 journalistes dehors.

Finalement, on a trouvé une maison qui satisfaisait aux conditions de sécurité fixées par le Juge. Je ne l’ai pas aimée, cette maison. Elle a couté cher. Mais c’était ça ou retourner à Rikers Island.

Question. Tristiane Banon ?

DSK. J’ai été entendu, à ma demande, comme témoin. J’ai dit ce que j’avais à dire à savoir qu’il n’y avait eu aucune violence, aucune agression. La version rapportée des faits est calomnieuse et imaginaire. J’ai déposé plainte pour dénonciation calomnieuse.

Question. Redoutez-vous la sortie des accusations similaires ?

DSK. Non sauf si tout est inventé, construit de toutes pièces. On ne peut jamais savoir.

Question. Au FMI. On vous a vu vous excuser auprès du personnel. Ne pensez-vous pas que le décalage des comportements privés avec les responsabilités de quelqu’un qui brigue la responsabilité suprême ou exerce des responsabilités majeures peut choquer ?

DSK. Je reconnais qu’il s’agit d’une faute morale.

Question. Vos relations avec les femmes sont décrites comme des relations de pouvoir ?

DSK. Je récuse cela. Je n’ai jamais inscrit le pouvoir dans les rapports avec les femmes. J’ai du respect pour les femmes. Je l’ai payé largement. Je le paie toujours. Depus 4 mois, j’ai beaucoup réfléchi. Cette légéreté, je l’ai perdue pour toujours.

Question. Certains ont évoqué l’idée que vous ne vouliez pas vraiment y aller au point de tomber dans un piège facile. Un peu comme si vous vouliez vous saborder vous-même. Vouliez-vous vraiment être candidat ?

DSK. Oui, je voulais être candidat. Je ne crois pas à cette thèse psychologisante. Je voulais être candidat, parce que ma position au FMI me donnait des atouts qui me portaient à avoir un regard aigü des problèmes internationaux et de la position de la France. Maintenant tout ça est derrière moi. Mais, au vu du premier débat des primaires, je vois que c’est plutôt bien parti.

Question. Martine Aubry ?

DSK. Elle a été très présente.

L’interview s’est conclue par une leçon magistrale d’économie sur la résolution du problème de la Grèce et par cette phrase. "Je ne suis candidat à rien. Je vais me reposer, retrouver mes amis et essayer d’être utile au Bien Public et on verra pour la suite".

 
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