mercredi, 21 février 2018
 

Nicolas Sarkozy retrouve son électorat de départ. Qui vote les Le Pen ?

Vous avez pu lire partout que Sarkozy revenait à la hauteur des 33% de François Hollande ce week-end - selon les derniers sondages - « si Marine le Pen était absente de l’élection présidentielle ». Je soutiens que l’interprétation est au mieux rapide, et au pire, erronée.

Interprétation Rapide.

Il ne vous a pas échappé que la question de la présence de Marine le Pen s’est posée clairement au cours de cette semaine, après que le Président de la République se soit exprimé Dimanche. Donc, si deux jours après la sortie du Président, on affirme que le ralliement des électeurs à Nicolas Sarkozy est dû non pas à sa prestation, mais à l’absence de Marine le Pen, qui a émergé dans l’espace public, à la fin du sondage, c’est soit de la « désinformation », soit de la « mauvaise foi consciente », soit de « l’interprétation rapide voire approximative » car, au même moment, certains commentateurs disaient que l’intervention du Président n’avait pas été jugée convaincante par les Français, sans préciser auprès de quelles catégories de Français.

C’est le sort des données chiffrées. Chacun peut donc y aller de son interprétation approximative, orientée voire fallacieuse. Après tout, nous sommes des Etres Libres. Sauf que la "Science" existe précisément pour qu’on ne dise pas "n’importe quoi, n’importe quand et n’importe comment". Cette phrase a été prononcée par le Président de la République Dimanche dernier. C’est un excellent aiguillon. Qu’on apprécie l’homme Sarkozy ou pas, il faudra, à un moment ou à un autre, se placer dans cet espace neutre, j’allais dire "intelligible". Pierre Bourdieu aurait dit "objectivable".

Cela suppose d’éviter les déductions automatiques, comme ces "économistes" qui imputent la montée du chômage en Occident à l’immigration et non à la mondialisation en appliquant des soustractions et des additions qu’on fait passer pour de la science économique. J’avais formulé cela sur le modèle du 1+1-1 = 1. Elémentaire.

Les déductions automatiques saisissent la réalité des choses en surface. Nous savons tous que la vérité se trouve dans la structure profonde de l’iceberg. Au niveau de l’analyse et du cogito.

Cogitons donc une minute.

Première question : c’est quoi l’électorat du FN ?

Un composite de plusieurs groupes, parmi lesquels :

- Les catholiques (qui ont leurs combats : homosexulalité, christianisation, défense de la prépondérance de l’Eglise sur l’humanité, homosexualité, avortement, euthanasie - lire ici)

- Les racistes : les anti-immigrés purs et durs. La fonds de commerce et la marque de fabrique du Front.

- Les antisémites (accusés d’être derrière le Système et les forces de l’argent, plus particulièrement la Finance et ses ravages sur la souveraineté nationale (corruption notamment, transferts de souveraineté via les traités européens et internationaux)

- Les Nationalistes (contre l’Europe et l’euro qui flirtent avec le Socialisme National Hitléren)

- Les anti-mondialistes Souverainistes jusqu’à la mort

- Les Royalistes nostalgiques du temps des Rois, car ce temps-là était celui de l’apogée de l’Eglise et de sa priorité spirituelle sur l’Etat

- puis la dernière catégorie qui nous intéresse ici, les déçus de la République et du Système que ce soit des partis, de l’ordre social, des grands déséquilibres, les désordres parfois sécuritaires et les inégalités sociales générés par la gouvernance intérieure.

Dans cette dernière catégorie, les électeurs de Gauche comme de Droite y figurent presque à égalité.

Cogitons encore.

Première question. D’où vient-il alors qu’au moment où les électeurs rejoignent le Président de la République, on n’observe pas le même mouvement de ralliement des "ouvriers" passés au FN par colère chez François Hollande ?. Ce qui devrait se traduire par une hausse du candidat PS.

Une manière d’esquiver la question ou de la balayer serait de dire, ils sont passés chez J.L. Mélenchon ou chez François Bayrou. Chef J.L. Mélenchon passe encore. Chez François Bayrou ? J’en doute.

D’où cette autre question : dans quelle proportion les autres candidats ont-ils bénéficié de cette première vague de débandade des électeurs du FN ? Faute de réponse à cette question, il n’est pas possible de dire que Nicolas Sarkozy récupère les voix du Front.

De là la conclusion évidente : il a longtemps été dit que c’est l’UMP qui « braconne » au FN. Cet épisode permet de dire que c’est exactement l’inverse. Le Front gonfle avec les voix des déçus du Système et en particulier des déçus de la Droite classique. C’est un parti-refuge dont le vote ne peut être qu’un vote sanction. Le FN est un composite de forces hétérogènes dont le centre de gravité est la famille Le Pen. Centré sur une famille, la chose peut vite prendre des allures sectaires et on entend alors un ex Chef de Parti, qui a volontairement passé la main - via une élection du reste très critiquée en interne - le Père Le Pen tonner pour qu’on soutienne sa fille, comme dans une secte.

Où a-t-on vu en République, un père, qui a passé la main, sortir pour proférer des menaces pour qu’on soutienne sa fille publiquement, tel un gourou de la secte Wacko galvanisant ses troupes en vue de l’autoélimination finale. C’est soi on vote le Pen, soit on s’autoflagelle. C’est le mot d’ordre convoyé aux électeurs du FN.

Le réequilibrage des sondages du Président de la République, s’il fallait l’interpréter à sa juste mesure, montre tout simplement que les déçus du Sarkozysme qui avaient trouvé un refuge temporaire au FN rentrent à la maison. Cela peut aussi vouloir dire que ceux qui s’étaient démobilisés ont repris espoir, depuis la sortie du Président. Rien à voir avec un passage automatique du FN à l’UMP. Ce serait même exactement le contraire. Le braconnier n’est donc pas celui qu’on croit. Les accidents ont l’avantage de remettre les choses à leur place. Comme on dit de remettre les pendules à l’heure. Un mal pour un plus grand bien. Qui va s’en plaindre ?

"La crise est un accélérateur de l’histoire". Nicolas Sarkozy.

 
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