mercredi, 21 février 2018
 

Le référendum ne peut pas être un lieu refuge ou l’alibi d’une absence de pensée, de pédagogie et d’autorité.

Voici la Droite rattrapée à son tour par ses vieux démons : l’immigration et les cris à la fraude en matière d’allocations sociales et de chômage. Le tout se rapportant, comme on le sait, à une catégorie privilégiée : les immigrés dont on veut et exige l’expulsion.

Franchement, la chose est usée jusqu’à la corde et a prouvé ses limites : la Françafrique en est une. Le Financement occulte des campagnes présidentielles et « opaque » des partis politiques délimite l’autre versant. Au-dessus de ces deux limites, il y a les inégalités sociales criardes et Insupportables sur lesquelles aucun des candidats n’a encore rien proposé de conséquent, en tout cas d’audible, pour le moment.

Donc, si nous voulons recommencer et reprendre les choses là où on devrait le faire, il faudra que les uns et les autres soient honnêtes. Je sais bien que l’honnêteté n’est plus de mise en politique et, en particulier en période électorale où ce qui compte c’est aller chercher le consommateur de la République et non le Citoyen. Jean Paul Delevoye, dans « C dans l’air » du mercredi, Président du Conseil Economique, Social et Environnemental a eu là-dessus des propos indépassables sur la transformation du Citoyen en Consommateur (entre autre des sondages, c’est nous qui ajoutons ici) et la perte que cela engendre, transformant l’Assemblée Nationale en un théâtre permanent où se joue non plus la réflexion, mais des drames, a complété un enseignant universitaire en Histoire, invité à l’émission d’Yves Calvi. Dernier drame en date, la sortie du Député Serge Letchimy.

Déjà cette perte se matérialise par l’absence de pédagogie du politique et de la formation des Citoyens à la Citoyenneté.

La République ne saurait devenir une République des Sondages.

Dans un article puissant d’un site Américain Politico, Jim VandeHei explique comment on pensait que Barack Obama allait changer la politique, ainsi qu’il l’avait annoncé. Mais c’était oublier que le calcul politique de la recherche de la victoire à tout prix conduit immanquablement les hommes politiques à adopter des postures qui s’inscrivent plus dans une logique transactionnelle (marchandage et clientélisme) que transformationnelle (changer la société).

Alors, même si les Assistants du Président Barack Obama répondent à la critique en disant que Obama est tombé là dedans, par nécessité - celui qui avait annoncé qu’il changerait la manière de faire la politique à Washington vient d’accepter à la création de son Super PAC : fonds de soutien dont la particularité (de ces Super PAC) est d’être financés sans limites - Jim VandeHei décrit le schéma des forces cyniques de l’argent généré par le marché de la démocratie en utilisant un terme : « les liaisons incestueuses » entre les Stratèges (les conseillers et les communicants), les instituts de sondages, les médias, les annonceurs et les télévisions qui passent les annonces et les films de campagnes comme les « copulateurs » qui se partagent de gros chèques, au moment des campagnes.

D’où la prolifération des sondages.

Le moindre problème, la moindre interrogation donne alors lieu à un sondage. Faut-il changer la loi sur les parrainages parce que Marine Le pen n’a pas ses signatures ? Un sondage indique que 65 % de Français y sont favorables. En fait 65 % sur 1 000 personnes max interrogées, avec la marge d’erreur habituelle de 2-3 %. C’est dire l’escroquerie ou le réductionnisme. Jean-Paul Delevoye absolument impérial dans l’émission de « C d ans l’air » a eu cette réflexion : « le FN existe, en l’absence d’une offre politique répondant aux problèmes des citoyens ». Le problème n’est pas le système des parrainages ; plusieurs pays ont de grands électeurs et tout va bien. Il ne faut pas confondre la cause et l’effet ou encore établir de fausses causalités. Très intéressant.

Vous avez dit civilisations ? Emission d’Yves Calvi.

La perfidie des sondages.

Mais, qui dira cela aux citoyens ? Les médias ne s’intéressent plus à la pensée et à la réflexion mais aux « peoples », certains déchus de la politique, aux ragots sur « les célébrités » et à l’immédiateté qui paie cash en gros chèques et en annonces publicitaires. Il paraît que la société du voyeurisme, du spectacle et de consommation : de kleenex, du flux et du bug ou le buzz (ça c’est récent) exige le populaire, les tabloïds, le sensationnel. Alors, on « bassine » les gens avec des informations sur un tel sort avec un tel - un tel est amoureux d’un tel qui va contredire qu’en fait je ne suis pas avec lui, mais avec l’autre dont je ne vous dirais pas le nom - les corps dénudés s’affichent partout, l’érotisme partout, la pornographie partout, la connivence partout. Bref, les partouzes sont généralisées. Les liaisons incestueuses sont permises. Et dire qu’on accuse DSK d’avoir exagéré. En quoi ? Tout le monde le fait.

L’être humain retrouve alors ses réflexes sexuels primaires, de copulation ou de fantasmes qui s’expriment désormais partout et, du coup, il ne veut plus rien entendre que cela. La scène politique s’est donc adaptée au citoyen, par le bas-ventre, au lieu de le maintenir dans l’espace Citoyen, par la pédagogie et la réflexion.

« Tant de Français sont d’accord avec Nicolas Sarkozy pour accélérer les expulsions des immigrés ou sanctionner les chômeurs », vous disent les sondages. C’est normal. On appelle cela la survie : lorsque je vis le déclassement permanent chez moi et que je suis en situation d’échec, pour me persuader que je ne suis pas nul(le), je transfère la faute au voisin ou à l’Etranger. Cela me permet de me sentir quelqu’un de supérieur et de ne pas sombrer dans la folie. Cela m’évite surtout de réfléchir, car, au bout de cette réflexion, il n’y a qu’une issue : la Révolution, côté peuple.

L’Etat doit faire très attention à ne pas gouverner par le biais des sondages paresseux et mercantiles. Sinon, la démocratie court plus sûrement à sa perte comme cela, parce que captée et confisquée par les forces de l’argent, plus encore qu’avec Marine Le Pen.

Voilà, en une sortie malheureuse, le Président ou plutôt ses conseillers (stratégistes dans les mots de Jim VandeHei qui explique que la classe politique Américaine entière (Démocrates et Républicains) est corrompue "par l’argent et intellectuellement cela va de soi" et ce n’est pas mieux en France) ont réussi à remettre le FN en scelle. Bravo, Messieurs !

Instrumentalisation de l’immigration : le jeu dangereux de la haine et de la stigmatisation.

 
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Sans réagir sur le fond des motifs du mandat d’arrêt international du Président Soudanais : crimes de guerre et crimes contre l’humanité, l’Union Africaine a pourtant manifesté son extrême prudence pour cette condamnation d’un de ses membres. Raison avancée : la sécurité et la paix doivent primées sur la (...)
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