mardi, 21 août 2018
 

"Chaque année, la corruption coûte 60 à 80 milliards d’euros à l’économie Italienne". Verdict d’un audit officiel.

La publication de deux documents en Italie cette semaine : le rapport de Transparency International, organisation qui traque la corruption dans le monde et un livre : "The Undergrowth" ou "La Sous croissance" co-écrit par deux auteurs Italiens sur la corruption politique en Italie, balaient l’économie Italienne avec un double faisceau laser. L’éclairage - rapporté par le International Herald Tribune - est saisissant et explique les causes structurelles de la crise - par-devers l’euro.

La crise de l’euro n’est pas seule responsable de la crise en Italie.

C’est la conflagration des deux explications : conjoncturelle (crise de l’euro) et structurelle (corruption endémique et absence de gardes fous pour la combattre) qui explique la panne économique en Italie.

Lorsque le Président Nicolas Sarkozy disait que la France a mieux résisté que les autres pays de la zone euro, il fallait donc regarder au-delà de la crise de l’euro vers les politiques structurelles de chaque pays et les réformes à envisager. Certains rétorqueront ici, à quoi bon ? En ce concerne l’Italie, on le savait déjà, au moins depuis l’opération "Mains propres" qui a réussi à balayer la majorité de la classe politique qui gouvernait le pays, depuis la période qui s’est ouverte après la seconde guerre mondiale.

Une chose est de le savoir et de le pressentir, une autre est d’entrer au coeur du processus de prise de décision et de voir comment les politiques publiques sont viciées et poreuses à souhait, depuis leur conception jusqu’à leur application qui, de fait devient, Cornélienne.

Dans le détail, le rapport dit ceci "la corruption peut prospérer presque partout" en Italie, en raison des failles juridiques. Le phénomène est largement répandu et concerne aussi bien le secteur public que le secteur privé. L’étude de TI n’a pas mesuré la corruption existante, mais l’efficacité des garanties et des gardes-fous supposés l’empêcher. Mieux encore, les conditions qui la rendent possible et perenne.

Lorenzo Segato, Directeur de la Recherche du Centre de la Sécurité et du Crime qui a conduit l’enquête, pour le compte de TI mentionne quel l’Italie est "en-deçà sur de nombreux points en particulier sur "la faiblesse des mécanismes de contrôle" de l’Etat et des interrogations sur l’intégrité des institutions auxquels s’ajoutent des médias biaisés et un code social qui ferme les yeux sur les irrégularités.

La Société Civile, indique Lorenzo, "n’est pas moralement éduquée aux valeurs comme l’intégrité et est généralement incapable d’exercer un pouvoir de contrôle sur les administrations publiques et les politiciens". "C’est une faiblesse de la société" : la moralité est imposée à travers la répression plutôt qu’à travers l’instauration des conditions favorisant la construction d’une société transparente". "Les Italiens respectent ce qu’ils sont contraints de respecter par la loi". [Comme en France donc. Ne dit-on pas que tout ce qui n’est pas interdit est autorisé ? Idéologie liberticide post soixantehuitarde]

"Le système actuel ne garantit pas la transparence en Italie", conclut Lorenzo.

Pour parvenir à une telle affirmation, Lorenzo a étudié le fonctionnement des institutions, depuis le Parlement et les partis politiques jusqu’à l’agence gouvernementale de lutte contre la corruption en évaluant leurs performances en termes de transparence, d’intégrité et de responsabilisation. Il a noté que les mécanismes mis en place pour lutter contre la corruption sont facilement contournables, car le cadre légal en Italie est souvent complexe, contradictoire et par moments "appliqué de façon controversée".

L’opération "Mains propres" n’a pas débouché sur une législation capable d’éradiquer les comportements illicites devenus - au fil du temps - synonymes de faire les affaires en Italie. La chose concerne le gouvernement central ainsi que les régions et les politiciens de tous bords.

La Sous-croissance : selon l’index de perception de la corruption de Transparency International, l’Italie est classée en 69ème position sur 183 pays mesurés dans le monde.

Le co-auteur du livre "Undergrowth" paru cette semaine, appuie cette remarque en disant que "Les politiciens entretiennent des relations incestueuses". "Non seulement il y a de la corruption entre eux mais encore, en coulisses, la Gauche, la Droite et le Centre font des affaires ensemble". "Il s’agit d’une classe souterraine".

Du côté du contrôle de l’Etat, même son d’écho. Le Président la Cour des Comptes Italienne, Liugi Glampaolino, a récemment déclaré que "la corruption était notoirement présente dans le pays et ses proportions sont probablement plus grandes que celles qui apparaissent à la lumière".

Les auditeurs des comptes de l’Etat disent que chaque année, la corruption coûte à l’Italie "autour de 60 à 80 milliards d’euros***". Si vous ajoutez ce qui est perdu en "evasion fiscale" et les "produits relatifs aux organisations du crime", on atteint des chiffres inimaginables et cela prouve que "la corruption est très répandue et persistante", conclut le sénateur Félice Casson, ancien Procureur sur de nombreux cas de corruption devant les Tribunaux et Avocat du parti de la Gauche.

"Il ne s’agit pas d’une simple question d’éthique, mais d’économie et qui a un impact particulièr en ces moments de crises financières sur l’érosion de la confiance des investisseurs en Italie", ajoute le sénateur, ancien Procureur et Avocat.

Les recommandations de Transparency International

L’organisation demande la création d’une agence indépendante chargée de la corruption, plus de sanctions effectives pour les politiciens et les employes du secteur public qui enfreignent les codes de bonne conduite et une législation renforcée pour traiter de la corruption.

Le gouvernement Italien est en train d’écrire une loi anti-corruption qui sera présentée au Parlement au cours des prochaines semaines. Les premiers brouillons rencontrent déjà de fortes résistances parmi les partis qui forment la coalition large qui soutient le PM, Mario Monti. Gouvernement de Technocrates, s’il en était, et composé de Libéraux (libertaires) du parti de Silvio Berlusconi qui a démissionné en Novembre, pour promesses non tenues.

Certains critiques affirment que les lois passées au cours des années Berlusconi au pouvoir ont drastiquement affaibli la capacité juridique à combattre la corruption.

"Mon impression est qu’il n’y a pas de réelle volonté de la part du parti de Berlusconi de lutter contre la corruption", précise le sénateur Casson. "C’est pourquoi je pense qu’il sera très difficile de s’entendre sur "une loi anti-corruption efficace".

Notre conclusion : la crise est salutaire, elle va permettre à chaque pays de se confronter à ses démons et d’opérer les réformes que chacun à reportées depuis plusieurs décennies. La crise est un accélérateur des réformes. Mais aussi de l’histoire. Nous y sommes en plein.

*** CORRECTION. IL FALLAIT LIRE 60 A 80 MILLIARDS ET NON MILLIONS. AUTANT POUR MOI.

Conséquence de la crise de l’euro : la Mafia devient la principale banque Italienne avec 50 milliards £ de liquidités.

La caste Italienne

 
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