Avertissement de Moody’s. Les 100 prochains jours de la prochaine Présidence Française s’écrivent maintenant.
Aller droit dans le mur - Vindicte populaire - Populisme haineux - Régression civilisationniste - Fausse axiologie - Les 100 premiers jours - Présidence Française

Souvenez-vous, lorsque Standard & Poor’s a déclassé la France, en Janvier, les dirigeants paradaient en disant, mais les autres agences - Fitch et Moody’s- ne l’ont pas encore fait. Donc, tout va bien. Dormez mes petits. Mais tout ne va pas bien justement et la veille est maintenue.
Lorsque le Président a dit que "La crise était un accélérateur de l’Histoire" à la fin du mois de Janvier, on a applaudi, car le film annoncé était bon. Pourtant, depuis la semaine dernière, rien ne va plus. Annoncer un programme comme celui qui a été annoncé en Janvier et le faire suivre 10 jours après par l’annonce d’un référendum jetant l’anathème sur les chômeurs et les immigrés qui en constituent la majeure partie, équivaut à envoyer des signaux contradictoires ; des signaux à la Grecque (qui eux commencent à être lucides sur eux-mêmes).
On ne peut pas voler très haut et voler très bas en même temps. On ne peut pas penser en « Prince » et « faire les poubelles des favelas », en même temps. Ca ne donne pas confiance. On ne peut pas être à la fois « Grand Seigneur » et Indifférent à la cause des "Misérables" ou, pire, les jeter à la vindicte populaire d’une part et à la merci du populisme haineux Lepiniste, d’autre part. Un Président doit protéger les plus faibles. C’est fondamental.
Détour par la campagne Américaine
Barack Obama fait actuellement l’objet d’attaques de la part de Mitt Romney qui critique son "capitalisme de copinage" et de Santorum qui critique "la loi sur la sécurité sociale" adoptée dans la douleur aux Etats-Unis, pour des raisons essentiellement culturelles, sur fond de passé et d’histoire "raciste" et "raciale". Si vous considérez les deux axes de la critique, vous verrez que [quand bien même on est d’accord pour dire que : Barack Obama a été le Président le plus financé par Wall Street, lors de sa campagne présidentielle et que, comme le dit Mitt Romney, les hommes du Président, en charge de sa campagne, poursuivent des relations de proximité pour ne pas dire de « connivence » avec Wall Street ; Jim VandeHei a qualifié ces relations de "liaisons incestueuses"] on voit aussi que, à l’autre bout de la chaîne, le Président soutient les plus fragiles et ceux qui ont vu leurs conditions de vie se déteriorer au point d’être les premiers exposés à la crise. Barack Obama n’a jamais été pris en défaut sur la question : toujours il a été aux côtés des Américains qui gagnent moins tout en étant proche de ceux qui gagnent plus. Il n’y a pas d’incompatibilités ici. Et il ne devrait pas en avoir.
Vous allez me dire ici, mais l’Amérique a aussi perdu son triple A. Je vous réponds « Oui ». Mais pour des raisons de cacophonie du débat démocratique qui menaçait l’échéance de la dette et pas pour des raisons de perspectives de croissance négative et d’absence de réformes institutionnelles rendant ces perspectives durables. Du reste, les perspectives de l’Amérique ont été revues et sont classées "stables" chez S&P’s. C’est que le projet du Président Obama est plus lisible.
La sortie troublante du Président Nicolas Sarkozy de la semaine dernière sur les deux idées non moins troublantes de référendum, soutenues par ailleurs publiquement, en ce début de semaine par le PM François Fillon est certainement la goutte d’eau qui a fait déborder le vase chez Moody’s. Entendons-nous bien, Moody’s n’a pas attendu les dernières déclarations d’il y a une semaine pour entamer son rapport. En revanche, si Moody’s avait l’ombre d’un doute, celui-ci s’est dissipé avec les dernières annonces gouvernementales qui illustrent que le projet n’établit pas les bonnes priorités. En fait, il en a de très mauvaises : des priorités qui n’en sont pas. Donc confirmation de l’inquiétude sur le pilotage de l’ensemble de l’économie.
La cohésion sociale et la solidarité font partie d’une bonne gouvernance et d’une économie saine et ce n’est pas en sacrifiant les plus pauvres sur l’autel de la vindicte populaire et de la colère sociale qu’une société avance. C’est même tout le contraire : au moment où le concept "de civilisation" est en débat, crispé sur une fausse axiologie, on a ici un exemple clair et net d’une régression civilisationniste...en France. Ca peut lui coûter des places dans le classement de l’Indice de Développement Humain.
Idem, la Grande Bretagne est menacée, à son tour pour "son austérité expansionniste" mise en index.
Krugman en revient, sur invitation de la très honorable « National Institute of Economic and Social Research » - "l’Institut National de la Recherche Sociale et Economique" de Londres où il a déclaré que : « la doctrine de l’austérité qui a dominé la pensée de l’élite politique en Europe et aux Etats-Unis est un échec lamentable ». Appelé à se pencher sur le cas du Royaume Uni, il a dit « que la Grande-Bretagne ambitionnait de devenir "la vitrine du succès d’une austérité expansionniste" qui démontrerait qu’au lieu d’augmenter les dépenses du gouvernement pour lutter contre les récessions, il fallait réduire les dépenses et que cela aboutirait à une accélération de la croissance économique. Comment peut-on croire qu’avec un taux de chômage très élevé et un gouvernement annonçant une réduction des effectifs, l’économie peut croître ? »
La question du traitement du chômage et de l’emploi fait partie des fondamentaux de l’équilibre des sociétés. La preuve, regardez la Grèce en feu. Il faut manipuler cette question avec beaucoup de tact, de doigté et de précautions.
Tant que les Politiques persisteront à ne pas écouter des Prix Nobel d’Economie comme Krugman ou Stiglitz par exemple et bien d’autres observateurs au contact avec le monde réel et l’économie réelle, se croyant plus malins et plus intelligents, alors ils continueront à aller droit dans le mur. C’est imparable.
Et pourtant. Les egos en politique sont tellement surdimensionnés que le changement reste très incertain. Ne perdez pas espoir quand même. N’oubliez pas : "Les batailles qu’on perd sont celles qu’on a abandonnées".
La France doit accélérer le processus
Contrairement aux élections précédentes où le Président élu a 100 jours de grâce pour construire la rampe de lancement de son mandat, cette élection inaugure un processus à l’envers. Les 100 prochains jours s’écrivent depuis Janvier en sorte que, lorsque le Président sera élu, il devra immédiatement procéder au lancement de la fusée qui sera prête à être propulsée sans plus attendre. C’est pourquoi, ce qui se dit maintenant est fondamental et essentiel et va configurer et peser sur la suite. Si on réussit cela - et je crois que tout le monde l’a compris ici - on gagnera un temps précieux.
Dernière mise à jour : mercredi 15 Février.
L’Europe a un problème bien plus important que sa dette : son déficit commercial.