Cuba/US. 50 ans d’embargo pour rien ?
Christiane Amanpour - Cuba - Embargo - Libertés fondamentales - Politique anachronique - Politique d’isolation - Changement de régime - Ingérence impérialiste - Fidel Castro - Raoul Castro - Howard Berman - Laurence Wilkerson - Droits de l’homme - Levée embargo

Tout est parti d’une motion du Député Républicain, Howard Berman, constatant que la politique de l’embargo des Etats-Unis est en contradiction avec une liberté fondamentale et constitutionnelle à savoir la liberté de se déplacer des Américains.

- Christiane Amanpour
Mais alors, Monsieur le Député, demander que soit levée l’interdiction de voyager des Américains vers Cuba ne revient-il pas à lever l’embargo de facto ?
Député Howard Berman. Non, il s’agit de deux questions différentes. Du temps de la guerre froide, les Américains pouvaient aller en Union Soviétique et dans les pays communistes. De même, l’Iran est sous sanctions économiques depuis un moment. Pourtant, les Américains peuvent toujours y aller. Pourquoi n’est-ce pas le cas avec Cuba ? Les politiques ne doivent pas empiéter sur les libertés individuelles. Et l’embargo est une politique anachronique.
"La politique d’isolation de Cuba avait pour seul objectif : le changement de régime"
Se tournant vers un rapporteur des Droits de l’Homme sur la situation à Cuba, Christiane Amanpour a interrogé son interlocuteur sur l’efficacité de 50 ans d’embargo à Cuba ? Réponse. La politique d’isolation de Cuba avait pour seul objectif : le changement de régime. Or, le leader Maximo a réussi à retourner cette politique contre les Etats-Unis. Si l’objectif unique de l’embargo était le changement de régime, alors Fidel Castro a pu justifier son maintien au pouvoir par l’argument d’ingérence impérialiste. Les opposants ont tous été traités de traîtres à la solde des impérialistes étrangers et l’opération s’est soldée par la perte de crédibilité morale des Etats-Unis. Alors, oui, les militants des droits de l’homme réclament la levée de l’embargo qui gêne l’action locale.
L’émission s’est conclue sur Laurence Wilkerson, Conseiller en Chef du Cabinet de Colin Powell qui totalise 31 ans de carrière militaire. Son commentaire est encore plus virulent. Même question de Christiane Amanpour, Monsieur le Conseiller, pensez-vous aussi que l’embargo a été inefficace ?
"L’embargo a eu une influence proche de zéro"
Laurence Wilkerson. "L"embargo est un échec cuisant. Il doit être levé. En fait, l’embargo s’appuyait sur une idéologie de la stupidité qui, visant l’isolement de Cuba, a abouti à l’isolement des Etats-Unis par les leaders de l’Amérique Latine jusqu’au Premier Ministre Canadien. Raoul Castro n’est pas éternel. L’Amérique doit s’engager politiquement à Cuba en aidant le demi million de personnes très pauvres de Cuba à améliorer leurs conditions de vie. De cette façon-là, nous serons là lorsque les choses évolueront et nous pourrons influencer le parcours des choses. L’embargo a eu une influence proche de zéro".
Un Député pro embargo (Démocrate) a répondu au Député Howard Berman (Républicain) que critiquer la levée de l’embargo équivaut à donner quitus à Castro pour les bastonnades, les viols, l’oppression, la torture, la corruption. Bref pour toutes les exactions du régime. Le Député Démocrate n’a pas entendu le rapporteur des Droits de l’homme, auteur d’un rapport sur Cuba.
Il n’a pas non plus entendu le jeune rappeur underground Cubain, qui crie l’injustice sociale Cubaine dans ses chansons qui se dansent dans les discothèques de la Havane. Le rappeur a expliqué qu’il avait le droit de s’exprimer, même s’il est pauvre. Comment arrive-t-il à vendre ses musiques ? Il les enregistre et les mixe dans son studio installé dans sa chambre. Il distribue de main à main. Il fait lui-même les copies. Bref, un véritable travail de fourmi. Voilà des personnes que l’Amérique pourrait judicieusement aider à exploser surplace ; suivant en cela le conseil de l’ex Conseiller Chef de Colin Powell qui a estimé que Barack Obama va aussi vite qu’il le peut, sur le sujet. Le Président a effectivement autorisé plus de libertés de voyager des Américains vers Cuba.
Howard Berman est Président de la Commission des Affaires Etrangères à la Chambre des Représentants Américaine