mercredi, 22 novembre 2017
 

Dominique de Villepin : "le temps des réponses est venu".

"Mal à l’aise" est la formule utilisée par Dominique de Villepin pour justifier la création de ce nouveau parti politique. "Mal à l’aise" face notamment aux inégalités et à l’injustice sociales. "Mal à l’aise" devant l’orientation politique actuelle sur le plan intérieur, économique, politique, social, culturel, et sur le plan de la politique étrangère. « Aucun parti politique ne peut gagner si la France perd » ; "aucun parti ne peut gagner quoi que ce soit à la division des Français" ; "assez de jeux, de combinaisons, de calculs politiques", a dit l’ancien Premier Ministre qui s’identifie comme Gaulliste et comme Républicain social.

Le nouveau parti verra le jour le 19 Juin.

En préfiguration de cette officialisation, voici l’analyse de la situation politique que faisait Dominique de Villepin, en plein procès Clearstream, précisément en Octobre 2009, il y a 6 mois environ et qui tirait déjà la sonnette d’alarme sur l’impasse des choix gouvernementaux. Avertissement ignoré.

France Inter, 27 Octobre, 2009. Entretien avec Dominique de Villepin.

"On ne peut pas plus de deux ans et demi après la présidentielle en rester à l’ouverture des débats ; à la nomination de commissions ; aux choix de missions, à des réflexions ; à la définition pour demain à travers un grand emprunt. Mais quand va-t-on agir ? C’est dans la campagne 2012 qu’on va finalement au bout du compte avancer des propositions d’action ? Enfin, est-ce que la Politique en France c’est par intermittence une fois tous les cinq ans, à la veille d’élections ? La politique c’est tous les jours et c’est la capacité à faire des choix. Honorons l’action. On m’a beaucoup reproché de ne pas être élu mais s’il y a une chose que je sais c’est que la politique c’est agir". Ca c’est pour donner le ton de ce qui suit.

En guise d’introduction du propos, voici quelques phrases symboliques qu’on n’a plus entendu de la bouche d’aucun homme politique depuis longtemps. Et ça c’était un véritable ravissement.

- "Je crois que servir en politique c’est d’abord être capable d’être une force de proposition et pourquoi pas, c’est à ce sur quoi je veux travailler, une force d’alternatives".

- "La politique c’est d’abord servir mais pas se servir".

- "Etre en politique aujourd’hui c’est assumer une mission devant les Français".

- "Je crois que on fait confiance dans une politique dite de réformes qui a ouvert toute une série de chantiers mais qui véritablement n’est pas surveillée de près".

- "On a un gouvernement de 40 Ministres. Est-ce que on peut imaginer ce qu’ils font ?"

- "Je crois que le laisser faire, la fuite en avant, les grands débats qui sont lancés et qui malheureusement trop souvent servent d’écran de fumée nous détournent de la mission qui est la nôtre".

- "Comment va-t-on faire alors qu’on arrive dans des conditions acrobatiques à ficeler un budget en 2010 ? Nous savons tous que le budget de 2011, dans le contexte actuel est infaisable".

- "Mais pourquoi faut-il avoir une opinion constamment stigmatisante et restrictive de cette politique d’identité française ? Aujourd’hui, définissons l’identité française par rapport à nous-mêmes".

- "Je crois que il faut donner un contenu à la politique et donner un contenu c’est se mouiller".

- "Ne coupons pas les mots de leur racine. Ne coupons pas les mots de l’action. Il faut les réconcilier".

- "Donc attention à ces mots coupés de leur racine. Attention à ces mots qui finissent par voltiger et à finalement faire beaucoup de dégâts. Donnons un contenu concret. La politique c’est une matière qui mérite d’être travaillée et d’être travaillée au service des Français".

Voici pour vous - chers lecteurs privilégiés - la transcription de l’interview de France Inter réalisée à 8 h 20 avant les questions aux auditeurs.

France Inter. Dominique de Villepin, bonjour

Dominique de Villepin. Bonjour,

France Inter. A quoi pensez-vous le matin en vous rasant ?

DDV. Rires. Ecoutez, je pense en vous écoutant parfois, aux préoccupations des Français. Elles sont nombreuses et graves, très loin des polémiques qui agitent le microcosme.

France Inter. Vous pensez aux préoccupations des Français, euh vous ne pouvez pas en rester la. Je prends vos dernières citations à la fin du procès Clearstream « je garde la main ouverte vis-à-vis de Nicolas Sarkozy". Ca c’est une posture présidentielle ; en tout cas, on peut interpréter ça comme cela. "Je veux tourner la page et regarder vers l’avenir". "Je veux servir les Français. Je fais partie de ceux qui se battent pour essayer d’offrir une alternative aux Français". Quel avenir vous voyez vous Dominique de Villepin ?

DDV. Beh écoutez, un avenir co-construit mais qui n’est pas tourné vers moi-même. Je crois que c’est très important en France quand on est engagé en politique de regarder autour de soi et de regarder ce que ressentent nos concitoyens. La politique c’est d’abord servir mais pas se servir.

France Inter. Servir comment ? Parce que l’avenir ça peut être une élection. Pour l‘instant, vous n’avez aucun mandat.

"Partons de cette réalité et nous constaterons qu’il y a un déficit d’action en France, qu’il y a une trop grande concentration du pouvoir, une trop forte personnalisation du pouvoir qui nuit à l’efficacité des politiques qui sont menées. Un homme seul ne fait pas une politique"

DDV. Prenons des exemples. Je crois que servir en politique c’est d’abord être capable d’être une force de proposition. Et pourquoi pas, c’est à ce sur quoi je veux travailler, une force d’alternatives. Une force de proposition parce nous voyons bien que les politiques qui sont engagées, beaucoup des politiques très importantes pour les Français, en matière économique, en matière sociale ne donneront pas les résultats que nous espérons et je ne crois pas qu’il soit utile d’attendre ce verdict pour initier la réflexion, la proposition de façon à être capable de corriger la route.

Prenons les déficits exorbitants que nous connaissons en matière sociale par exemple : 30 milliards. En matière de déficits publics : 140 milliards. Est-ce que nous pouvons faire porter sur la prochaine génération, sur nos enfants, sur la jeunesse cette hypothèque aussi lourde. Je crois que le laisser faire, la fuite en avant, les grands débats qui sont lancés et qui malheureusement trop souvent servent d’écran de fumée eh bien nous détournent de la mission qui est la nôtre. Etre en politique aujourd’hui c’est assumer une mission devant les Français.

France Inter. Le déficit de la Sécurité Sociale, la dette française, les grands débats, là vous êtes en train d’évoquer la politique de Nicolas Sarkozy. Visiblement vous n’en pensez pas du bien

DDV. Je constate aujourd’hui la souffrance des Français. Prenons le chômage des jeunes. 25% de jeunes au chômage. Est-ce que nous pouvons nous satisfaire d’une situation de ce type ? Et est-ce qu’il y a une fatalité ? Je crois qu’il faut prendre ces problèmes à bras le corps. Je crois par exemple...

France Inter. On ne le fait pas actuellement ?

DDV. Je crois que on fait confiance dans une politique dite de réformes qui a ouvert toute une série de chantiers mais qui véritablement n’est pas surveillée de près. Aujourd’hui, si on prend la température du malade, on constatera que la situation n’est pas satisfaisante et je pense qu’une fois de plus ce n’est pas les polémiques ou les faux débats qui vont nous aider. Je crois qu’il faut regarder cette réalité en face. Partons de la réalité des Français. Ne parlons pas des discours, ne parlons pas de nos espoirs, ne parlons pas du rêve politique. Partons de cette réalité et nous constaterons qu’il y a un déficit d’action en France, qu’il y a une trop grande concentration du pouvoir, une trop forte personnalisation du pouvoir qui nuit à l’efficacité des politiques qui sont menées. Un homme seul ne fait pas une politique.

Je crois que la France a besoin de politiques alternatives. Et ces politiques alternatives, il ne faut pas les travailler pour 2012, il faut les travailler pour aujourd’hui.

France Inter. Alors, la personnalisation, vous l’avez évoquée hier soir à la Maison de l’Amérique Latine à Paris devant ce qu’on peut appeler vos supporters, vos alliés ; il vous a fallu venir parler à ceux qui étaient je crois au rez-de-chaussée lorsque ceux du balcon vous avaient entendus ou alors l’inverse.

DDV. Ah ca c’est la vie..

Il y avait du monde, il y avait du monde, il y avait des gens de l’UMP, il y avait même des centristes, il y avait même peut-être des déçus de Gauche, qu’est-ce que vous voulez faire de cette force vive en quelque sorte ?

DDV. Je l’ai dit. Je crois que la France a besoin de politiques alternatives. Et ces politiques alternatives, il ne faut pas les travailler pour 2012, il faut les travailler pour aujourd’hui. Comment va-t-on faire alors qu’on arrive dans des conditions acrobatiques à ficeler un budget en 2010 ? Nous savons tous que le budget de 2011, dans le contexte actuel est infaisable.

France Inter. Concrètement ce sont les députés qui examinent ça. Il y en avait un certain nombre hier autour de vous. Est-ce que vous auriez l’intention de créer un groupe un jour ? De faire en sorte qu’il y ait un groupe qui sert un peu d’aimant.

DDV. Ce serait possible. Mais ce n’est pas l’actualité ; ce n’est pas l’urgence pour moi aujourd’hui.

France Inter. Peut-être une prochaine étape.

DDV. Nous verrons bien. L’urgence c’est aujourd’hui de montrer qu’il n’y a pas de fatalité à mener des politiques qui n’ont pas de résultats. Nous évoquions la situation budgétaire, nous pouvons évoquer la situation de l’emploi, nous pouvons évoquer la situation de nos services publics. On parle aujourd’hui d’un grand débat sur l’identité nationale. Mais pourquoi faut-il avoir une opinion constamment stigmatisante et restrictive de cette politique d’identité française ? Aujourd’hui, définissons l’identité française par rapport à nous-mêmes.

Nous avons besoin d’un pacte républicain plus fort. Faisons des propositions sur ce pacte républicain. Nous avons besoin d’un pacte social qui rassure les Français. Est-ce que les Français verront leurs retraites payées dans les prochaines années ? Est-ce que nous serons capables de maintenir un système éducatif de qualité ? Est-ce que la santé sera au service de tous les Français ? Définissons un véritable pacte social au service des Français qui garantisse ces prestations essentielles. Je crois que répondre aux besoins très concrets des Français, c’est cela l’urgence. Définir une politique qui fait peur ; tourner le doigt vers les étrangers, vers ceux qui, aujourd’hui, ne doivent pas porter le blâme, je crois que il y a là une dérive qui montre bien que la politique est un exutoire alors qu’elle doit être au service des Français.

"Etre en politique aujourd’hui c’est assumer une mission devant les Français. Honorons l’action. On m’a beaucoup reproché de ne pas être élu mais s’il y a une chose que je sais c’est que la politique c’est agir"

France Inter. Nicolas Sarkozy joue sur les ressorts de la peur ?

DDV. Je crois que c’est une tentation. C’est une tentation. Quand je vois Eric Besson ouvrir... le lundi il prend des initiatives sur l’Afghanistan ; on ramène 3 Afghans en Afghanistan qui aujourd’hui ne savent pas vers où se tourner et le mardi on ouvre un débat sur l’identité nationale, je me dis qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Je crois que il faut sereinement poser des questions. Mais sereinement aussi avancer des réponses.

Le temps des réponses est venu. On ne peut pas plus de deux ans et demi après la présidentielle en rester à l’ouverture des débats ; à la nomination de commissions ; aux choix de missions, à des réflexions ; à la définition pour demain à travers un grand emprunt. Mais quand va-t-on agir ? C’est dans la campagne 2012 qu’on va finalement au bout du compte avancer des propositions d’action ? Enfin, est-ce que la Politique en France c’est par intermittence une fois tous les cinq ans, à la veille d’élections ? La politique c’est tous les jours et c’est la capacité à faire des choix. Honorons l’action. On m’a beaucoup reproché de ne pas être élu mais s’il y a une chose que je sais c’est que la politique c’est agir.

France Inter. Visiblement vous vous situez un petit peu comme le Bubka de la politique ? Vous attendez que la barre soit au plus haut pour pouvoir vous présenter...

DDV. Je rappelle des choses simples. Vous savez quand j’ai dit hier devant un certain nombre de Françaises et de Français, nous avons besoin d’une France Républicaine, nous avons besoin d’une France solidaire et nous avons besoin d’une France indépendante ; ce ne sont pas des mots. Derrière ces évidences, il y a une réalité politique, Eh bien que ne faisons nous pas en sorte que tout cela devienne une réalité ? Vous savez les services publics c’est une réalité. L’égalité des services publics, l’égalité des chances face aux discriminations : autant de chantiers, autant de débats qui méritent d’être ouverts. On a un gouvernement qui a plus de 40 Ministres. Est-ce que on peut imaginer ce qu’ils font ?

France Inter. Combien y en avait-il dans votre gouvernement ? Dominique de Villepin ?

DDV. Il y en avait 33 ; vous voyez singulièrement moins ; c’est l’un des plus petits de la 5ème. Mais je pense qu’au bout du compte, il faudrait peut-être qu’il y en ait encore moins et qu’on sache exactement ce qu’ils font.

L’urgence c’est aujourd’hui de montrer qu’il n’y a pas de fatalité à mener des politiques qui n’ont pas de résultats. Je crois que répondre aux besoins très concrets des Français, c’est cela l’urgence. La politique c’est tous les jours et c’est la capacité à faire des choix.

France Inter. Vous avez des propos très offensifs là. Est-ce que vous vous sentez encore proche de l’UMP ?

DDV. Vous savez une famille politique...

France Inter. Il y a une absence de centre droit (là) actuellement en France.

DDV. Il y a une absence de centre droit, une absence de centre gauche, une absence de gauche et pas beaucoup de droite à la vérité. Je crois que il faut donner un contenu à la politique et donner un contenu c’est se mouiller. C’est mettre les mains dans la glaise. On parlait de la terre ce matin il faut y mettre la main en espérant qu’un jour la récolte viendra. Donc attention à ces mots coupés de leur racine. Attention à ces mots qui finissent par voltiger et à finalement faire beaucoup de dégâts. Donnons un contenu concret. La politique c’est une matière qui mérite d’être travaillée et d’être travaillée au service des Français.

France Inter. Nicolas Sarkozy joue avec le feu lorsqu’il parle de la terre en évoquant l’identité nationale ?

DDV Il évoque évidemment pour beaucoup d’entre nous ceux qui connaissent l’histoire des pans de cette histoire qui est aussi une histoire Noble parce que c’est vrai que les paysans occupent une place importante à la fois dans la réalité française, dans notre identité, dans notre mémoire. Mais ne coupons pas les mots de leur racine. Ne coupons pas les mots de l’action. Il faut les réconcilier et je crois qu’aujourd’hui c’est une ambition qui mérite d’être défendue.

France Inter. Dominique de Villepin. Vous êtes je suppose toujours Gaulliste ?

DDV. Plus que jamais.

France Inter. Plus que jamais. L’affaire Boulin il y a eu des révélations sur cette antenne hier. Benoît Colombani nous a appris qu’il y avait du nouveau dans l’affaire Boulin. Donc Mr. Boulin est mort il y a 30 ans. On a dit qu’il s’était suicidé et il s’agirait d’un assassinat. Est-ce que vous avez entendu parler vous des choses autour de l’affaire Boulin ? Est-ce qu’on vous a rapporté des faits ?

DDV. Non. Je sais de façon récurrente que l’idée qu’il pouvait ne pas s’agir d’un suicide est revenue mais je n’ai évidemment pas d’idées et pas d’éléments à apporter à ce dossier.

France Inter. Dans votre famille politique, on sait qu’à l’époque, il y avait des officines ce qu’on appelait des officines comme le SAC, service d’action civique, comités de défense de la République qui quelque fois faisaient le coup de poing, employaient, on peut le dire, des mafieux. Cette histoire là je suppose que vous la connaissez même si vous ne l’approuvez pas. Jamais des choses ne sont venues à vos oreilles laissant entendre qu’il y avait eu un règlement de comptes au sein de votre famille politique ?

DDV. L’existence du SAC est liée à l’indépendance de l’Algérie, elle est très liée à la décolonisation et est une réalité historique. De là à savoir à travers des épisodes aussi noirs que ceux que vous évoquez quel est le rôle exact qu’on pu jouer les uns et les autres, c’est une affaire difficile. Il reste beaucoup de secrets dans notre République. On parlait il y a quelques semaines de l’affaire Ben Barka autant de dossiers sur lesquels la lumière malheureusement n’est pas encore faite.

France Inter. Jacques Chirac qui pourrait aller en correctionnelle ?

DDV. Jacques Chirac a rendu de grands services à la France. Je crois qu’il ne mérite pas ça. Mais l’avenir nous dira.

France Inter. La Justice suivra son cours ?

DDV. La Justice suit toujours son cours. Ce qu’on souhaite c’est qu’elle le fasse avec sérénité et de façon juste.

Affaire Clearstream. Dominique de Villepin vs Nicolas Sarkozy.

1 Message

  • Un scénario à la 1981 ? 23 mars 2010 17:02, par OrangeOrange

    Dominique sera-t-il à Nicolas ce que Jacques fut à Valéry ?

    OUI NON ? vu sur Pnyx.com

    Ça y est, après avoir encaissé d’épisode en épisode la persévérance de la vengeance bouchère, après avoir à chaque étape, et sans succès, tendu la main pour une paix des braves, alors qu’il est sous le coup d’une condamnation en 2011, ... Villepin se lance, mais dans le combat direct avec Sarkozy, jusqu’où ira-t-il ? Pourrait-on voir se répéter le scénario de 1981 ? …

    Voir en ligne : Un scénario à la 1981 ?

 
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