mercredi, 19 juin 2013
 

Faut-il supprimer les Grandes Ecoles ? Le débat.

Samedi, lors de la « convention nationale des Verts sur l’Enseignement Supérieur et la Recherche » qui s’est tenue dans les locaux de l’Université Lumière à Lyon (site des Quais), Mme Eva Joly a conclu les travaux en revenant sur les Grandes Ecoles et leur nécessaire rapprochement des Universités, non sans avoir précisé que son idée initiale était la suppression pure et simple de ces Grandes Ecoles où l’Etat met plus d’argent par élève que pour les étudiants de l’Université. Situation de cumuls d’avantages donc, pour ces grandes écoles.

Les chiffres que Mme Joly a indiqué sont les suivants :

« En 20 ans, la proportion des enfants d’ouvriers admis à l’ENA est passée de 2 à 4 % seulement alors que 50 % des élèves de l’ENA proviennent de catégories sociales supérieures qui ne représentent que 8 % de la population totale ».

Ca veut dire que l’Etat aide plus les enfants des catégories sociales les plus favorisées dont les enfants sont majoritairement présents dans les Grandes Ecoles au détriment des enfants "moins bien nés" des ZEP et issus de l’immigration majoritairement présents dans les Universités.

 Selon que vous êtes bien né ou pas, vous fréquenterez les Grandes Ecoles ou l’Université, s’il vous était donné d’accéder à l’Enseignement Supérieur, quels que soient vos mérites par ailleurs. C’est du déterminisme social.

Mme Eva Joly a rappelé à dessein que les problématiques de la Justice se retrouvaient dans l’Enseignement Supérieur.

Est-il utile de préciser que les élèves des Grandes Ecoles ont moins de problèmes de logement qui se posent cruellement aux étudiants de l’Université, puisque leurs parents ont les moyens de leur payer un loyer (cher). De là, la proposition de Mme Joly de construire 50 000 logements étudiants.

Par ailleurs, ces élèves des Grandes Ecoles bénéficient d’un meilleur encadrement et d’un meilleur suivi post études : la preuve, leur parcours professionnel semble fléché depuis leur admission dans ces écoles.

 "L’hypersélection sous couvert d’excellence ne doit pas être l’alibi du pire", du pire de la ségrégation, du pire de l’hyperexclusion, du pire de la légitimisation d’une société à deux vitesses, du pire du Jacobinisme et de son élitisme érigé en dogme politique.

Doit-on supprimer les Grandes Ecoles ?

La réponse appropriée, sans hésitation est OUI. Mais, voilà, le peuple France est tiraillé par deux tendances contradictoires qui se neutralisent, rendant toute réforme sans envergure : une propension à demander des réformes d’envergure et, en même temps, ayant peur de l’inconnu (le peuple France est conservateur), une propension à se retracter, à tirer la sonnette d’alarme trop tôt, dès le moindre couac. En fait, au premier obstacle rencontré, le réflexe est "marche arrière toute".

La tension entre ces deux propensions aboutit, soit à des demi-mesures, du style "autonomie des universités"  ; soit à des fausses réformes présentées comme telles et caractérisées de "révolutionnaires" ; exemple encore "l’autonomie des universités" qui va favoriser le retour du Mandarinat, si on ne prévoit pas des garde-fous ; le Crédit Impôt Recherche qui s’ajoute aux nombreuses niches fiscales déjà existantes ; la décentralisation territoriale qui navigue entre le flou (la superposition des compétences des collectivités territoriales) et la tentation recentralisatrice au niveau local avec cette conséquence que les doublons qu’on prétendait supprimer entre le niveau central (l’Etat et ses représentations déconcentrées) et le niveau local sont reconduits au niveau des collectivités territoriales où on retrouve les mêmes services, en double, voire en triple, voire au quadruple, distribués au niveau des municipalités, des communautés de communes, des agglomérations, des communautés urbaines, des conseils départementaux et des conseils régionaux.

Celui qui propose d’intégrer les Grandes Ecoles dans les Universités est taxé de Radical. La radicalité en France est un chiffon rouge [1], une ligne Maginot, une frontière infranchissable. Alors, on stagne, en attendant les propositions des candidats.

Au PS où l’énarchie prolifère, que vont proposer les candidats ? Trois des cinq candidats à la primaire sont issus de l’ENA. Sont-ils prêts à sacrifier la citadelle, au nom de la République et de la démocratie ? Le débat est ouvert.

Evelyne Damm-Jimenez, Adjointe au Maire chargée du Développement durable à Athis-Mons a dit quelque chose de très intéressant, dans un atelier de cette convention sur « le pilotage de l’innovation », en proposant de « sortir d’une démarche analytique pour une démarche systémique ». Ca peut servir d’aiguillon et de base méthodique pour réformer et innover, pas uniquement dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche, mais dans la société toute entière, et répondre ainsi à la concomitance des crises que nous vivons actuellement : crise économique qui mange tout, bouffe tout et à laquelle on semble tout sacrifier y compris les peuples (cf la crise de la dette de la Grèce), y compris l’environnement, crise démocratique, crise politique, crise écologique, crise sociale, crise morale, crise de la représentativité, crise de l’école, crise institutionnelle, tout ceci corrélé à l’autre crise démographique dans les pays du Sud qui va rejaillir sur l’immigration, elle-même en butte à la crise de l’intégration et des politiques de l’immigration en échec.

Convention Nationale de EELV du 1er Octobre à Lyon sur "les perspectives de l’Enseignement Supérieur et la Recherche". Les conclusions.

 
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