Fillon/Copé, un remake de Royal/Falorni en perspective.

Voilà, en un week-end, les choses se sont éclaircies à l’UMP et c’est tant mieux, on gagne un temps précieux au lieu de rester sur un faux rythme et des faux-semblants. Pourtant, malgré l’éclaircie, il reste beaucoup de zones en clair-obscur.
Pour commencer, la déclaration des candidatures ne doit pas recouvrir ni occulter le travail de construction de l’Opposition. Ce n’est pas comme s’il y avait vacance à la tête de l’UMP ; comme s’il y avait le feu à la Maison et personne pour l’éteindre. Le SG tient la maison depuis que F. Fillon était au gouvernement et qu’on le sache, il n’y a pas eu de crise majeure ni de scandale, ni de débordements incontrôlables. Que l’on sache encore, le gouvernement Fillon, composante du quinquennat Sarkozy dont il est comptable, a été sanctionné au niveau national. Il est donc fort de café de voir un sanctionné aux élections, le 6 Mai venir donner des leçons de directoire au SG de l’UMP en se réclamant de surcroît de la caution de Nicolas Sarkozy pour mener la charge contre le bilan de Copé à la tête de l’UMP et conduire l’assaut.
Grosso modo, l’UMP n’a pas mouillé la chemise aux élections présidentielles ; certains étaient déjà démobilisés car le président Sarko a trop généreusement distribué les fonctions importantes et symboliques à la Gauche qui ne rend pas la pareille à l’UMP. Y avait-il un effet du paraître - voire démago-cliéntéliste - derrière cette générosité qui apparaît aujourd’hui inexplicable ? Il faudra que Fillon nous explique avant d’aller réclamer les comptes à un Copé qui n’est pas contesté par la base militante.
L’aplomb dont fait preuve Mr. Fillon est consternant. Premièrement, lors des élections, les deux qui ont mouillé le maillot - sachant qu’ils auraient pu faire beaucoup plus, ce sont quand même Copé débattant avec Hollande et Juppé débattant avec le même Hollande. Copé avait d’ailleurs tiré la sonnette d’alerte avant le débat présidentiel : il avait dit "attention, attention, Mr. Hollande ne répond pas aux questions". Visiblement, la consigne n’est pas arrivée aux oreilles de Sarko qui a été "balladé" par Hollande dans ce débat et qui, effectivement, ne répond pas aux questions. Plus fort encore, il a le chic de faire dérailler la question en passant subrepticement du coq à l’âne ; cela s’appelle noyer le poisson dans l’eau. Copé avait vu juste : « Hollande est une anguille ». On l’avait déjà vu dans l’épisode sur la question "y a-t-il trop d’immigrés en France" où Hollande a montré l’étendue de « l’art de l’esquive » dont il détient le secret. Beaucoup d’esbroufe en somme. Pendant ce temps-là, Fillon était d’une discrétion extrême, comme il l’a été durant 5 ans.
Merkel a été prévenue sur Hollande et elle fait face avec le même aplomb et sourire en coin. Le dernier sommet s’est terminé par cette déclaration de Merkel : "On aide les pays qui le réclament, mais en contrepartie, il n’y a aucun compromis sur la surveillance, la conditionnalité et le contrôle". Autrement dit, le pacte de croissance réclamé par la France et la recapitalisation bancaire en Italie et en Espagne restent encadrés par ces principes de "surveillance, contrôle et conditionnalité" ; la première des conditionnalités, vous l’avez compris, étant « la signature du pacte budgétaire » - présenté au public comme de l’austérité - et son respect à la lettre.
Le bilan Copé ? Qu’est-ce que Copé a à voir avec l’échec du Président Sarko ?
Pour faire le bilan de quelqu’un, c’est très facile. L’homme étant par nature imparfait, il y aura toujours des erreurs. C’est une balance qu’il faut présenter. On connaît les défauts de Copé qui sont très largement grossis. Les qualités, on n’en parle jamais.
L’absence de parité. La faute à qui ?
La parité est un désastre à l’UMP, cela ne date pas d’aujourd’hui et il est d’ailleurs surprenant, que contrairement au PS où ce sont les leaders féminines, Aubry, Royal qui ont fait avancer la question en prenant avec elles et auprès d’elles des femmes, à l’UMP, les femmes mises en avant, les Bachelot et Aliot Marie pour ne citer que les plus de 30 ans de mandats politiques ne pensent qu’à leur nombril. La critique de la parité faite à Copé est une tradition à l’UMP et d’un -doit-on exonérer J.F. Copé pour cela ? certainement pas). Et de deux, elle doit être étendue à toutes les femmes en vue à l’UMP qui n’ont rien fait dans ce sens. Il faut dire que Mmes Aubry et Royal sont d’un cran supérieur aux leaders féminines de l’UMP. Ceci explique cela. On ne peut pas faire preuve d’une "vulgarité effarante" et "d’une indignité caractérisée" et être dans le domaine de l’excellence. Je ne parle pas de l’agence de tourisme Tunisienne.
Ensuite, on parle de critiques du débat sur "les valeurs" initié par Copé. Cela s’appelle de la vraie mauvaise foi. Ce sont les premiers qui se plaignent d’une ligne mal définie entre l’UMP et le FN qui fuient le débat sur les valeurs de l’UMP qui répond justement à un besoin de clarification sur un point essentiel exigé et imposé par la mutation de l’électorat de Droite : jusqu’où on va trop loin ? Certes, le leader n’a pas à faire du suivisme de la base qu’il est chargé de mener. Pour autant, doit-il faire la sourde oreille et faire fi du contexte et des évolutions de la vie publique ?
Puis, il y a la « fonctionnement clanique »
La compétition est normale, mais il ne faut pas qu’elle serve d’alibi à tous les mensonges et à toutes les tentatives d’échappatoires : fonctionnement clanique ; absence de parité et illisibilité de l’action publique, figurent en bonne place dans les critiques faites au quinquennat Sarkozy. Fonctionnement clanique ? Dati nous a gratifiés des nominations des proches de F. Fillon par lui-même au Conseil économique et social et bien d’autres choses.
Commençons par le commencement
1. Le bilan du quinquennat Sarkozy. Un bilan honnête s’il vous plaît.
Lorsque Fillon défendra le bilan du Sarkozysme et reconnaîtra qu’il (il = lui Fillon, pas le bilan) a été quasiment inexistant ou expliquera pourquoi, on commencera à le prendre au sérieux. On l’a déjà dit, en tant que PM, il n’a pas tenu son rôle. Son silence coupable pendant 5 ans est, au mieux, du laxisme voire de l’indifférence, au pire, tout le reste. Mais peut-être a-t-il ses raisons. Nous attendons de les connaître.
2. « Les choix de la facilité ».
La méthode qui consiste à venir faire main basse sur le parti alors qu’on a failli au gouvernement et qu’on a fui sa circonscription d’origine devenue ingagnable nous renseigne sur une chose énoncée par Mme Merkel : « les choix de la facilité » de certains de nos hommes politiques.
3. La méthode Royal a échoué.
Royal c’est celle qui est Présidente de la Région du Poitou et qui cherche toujours plus de mandats et les sélectionne du « haut de sa hauteur ». Député sinon rien. Présidente de l’Assemblée Nationale sinon rien. Première Secrétaire du PS sinon rien. Pour ce faire, elle a mis sur la balance, un : sa « légitimité historique de rentière ». Deux : la caution du Roi président ; sa « légitimité de Cour » forcément Royale. Forte de ces deux légitimités, objets de tous les fantasmes en France, pays royaliste dans l’âme qui s’ignore, elle a voulu déloger Olivier Falorni, l’équivalent de J.F. Copé à l’UMP aujourd’hui, au sens où, ils sont bien en place et ne semblent pas l’être par défaut.
"Dégage, le Roi m’a promis ta place", je l’ai lu quelque part et c’est exactement de cela qu’il s’est agi dans le duel Falorni/Royal et qui guide les choix de F. Fillon. J’a échoué au gouvernement et été renvoyé par les électeurs de France. Mais, je veux être Député et je veux diriger l’UMP. « Je veux, je veux », en vertu de mon Droit de rentier(e) politique qui me confère un Droit de préemption. Si je veux, je dois avoir. Comme c’est facile. Et anti-Républicain.
4. Les manoeuvres politiciennes et les tactiques du passé.
Souvenez-vous, à chaque fois qu’on élisait un Premier Secrétaire au PS, on a toujours dit - en pensant le contraire évidemment - que le leader d’un parti ne devait pas être candidat à la Présidence qui suivrait ; en fait c’est quelqu’un qui devait se sacrifier pour les autres. S’ils le pensaient vraiment, ce qu’il faudra à ce poste, ce sont des valets, sans ambition aucune. Donc des soushommes, car tout homme a une ambition. C’est légitime et c’est l’expression même de la liberté et l’essence de la compétition et de la différence qui ouvre au changement et à l’espoir.
En son temps, F. Hollande a souffert de cela. Choisit comme le plus petit dénominateur commun pour surveiller une maison PS en ruine, pendant que ses Chefs historiques (ses éléphants et éléphantes) se battaient publiquement, il a finalement compris en fuyant la fonction. Martine Aubry élue en 2007 déclarait également qu’elle ne serait pas candidate. Plus exactement, le temps de la candidature viendrait. C’est vrai qu’elle aurait laissé la préséance à DSK, mais, elle le faisait, parce qu’il était le mieux placé. La preuve, une fois qu’il n’est plus là, elle s’est lancée dans la bataille.
Sarko et Mme Royal étaient sans hypocrisie sur le sujet. Le Chef du parti est le candidat naturel, bien entendu. Après, cela n’empêche pas les primaires par exemple. Même si, les primaires du PS ont finalement reconduit les magouilles internes et, au final, rien n’a fondamentalement changé.
Vous avez dit Valeurs ?
Dans l’article d’hier, j’ai consciemment instillé ce vénin pour voir venir les réactions - débusquer les intentions des hommes publics -. Cela n’a pas tardé. Alain Juppé a déclaré forfait - hors course donc -, car il veut être un pacificateur et un Sage. Pourtant, il se contredit par ses deux propositions : la première qui fait du Président de l’UMP un non candidat d’office aux présidentielles affaiblit sa position, à l’instant même où il est élu et joue contre le travail de l’Opposition. J.F. Copé a raison de dire qu’il ne faut pas se tromper de priorité, il faut d’abord organiser et tenir une Opposition crédible. Pour cela, l’UMP a besoin d’un Président fort et non d’un ersatz ou d’un tondu qui va tondre le gazon pour les autres. C’est la voie Royale à l’arrivisme et à l’opportunisme et la négation même du Mérite Républicain. Vous avez dit Valeurs ? Et je ne parle pas de liberté. Où est la liberté du Président de l’UMP, s’il ne peut pas se présenter aux élections ? Au nom de quoi - d’un contrat de confiscation des libertés individuelles - et qui pourrait l’en empêcher ? Un Sage ? Un Pacificateur ? Un Réconciliateur ?
Mais admettons qu’on retienne la proposition de Juppé : « le Président de l’UMP ne candidate pas pour les présidentielles ». Mais, alors, pourquoi attendre 2016 pour organiser les primaires ? Il y a une contradiction fondamentale et l’ensemble de la procédure est viciée.
La conclusion est simple : elle se décline en deux options.
Soit on vote le tandem tout de suite - en Novembre voire l’année prochaine - ; un tandem composé du Président de l’UMP et du candidat aux présidentielles et le ticket fonctionnera comme en Amérique, c’est-à-dire que, de facto, ce serait le (prochain) Président et son Premier Ministre qui vont conduire l’Opposition et dans la foulée, on peut commencer à monter un Shadow cabinet (cabinet fantôme britannique). Cela suppose d’organiser des primaires non pas en 2016 mais bien avant.
Soit l’UMP élit son Président en Novembre et alors viendra le temps des primaires en 2016 et ce Président est naturellement fondé à se présenter à ces primaires.
La première option est difficile à mettre en oeuvre en France, car les esprits ne sont pas encore prêts pour ce Grand Changement qui prendrait des allures de chamboulement voire de chambardement pour ne pas dire de pagaille. Et puis, notre fonctionnement institutionnel et notre culture ne s’y prêtent pas encore.
Restons donc simples, honnêtes et Républicains. C’est l’option 2.
Et que le Meilleur gagne ! Ce n’est d’ailleurs pas toujours le meilleur qui gagne. Parfois, c’est le plus rusé. Parfois, c’est le plus populaire. Parfois, c’est le plus institutionnalisé. Parfois, c’est le parfait arriviste ou l’opportuniste. Parfois c’est le plus menteur. Parfois, c’est le rentier.
Quelle différence entre le Rentier et l’Héritier ? C’est une différence de degré et non de nature. L’héritier était encore installé dans un cycle naturel de la Reproduction. Le Rentier est dans le cycle arbitraire de la « confiscation des territoires » et de « l’accaparement des Biens publics ». Parfois, leurs figures peuvent coïncider (un Héritier qui devient un Rentier) mais pas nécessairement. La classe des Rentiers englobe beaucoup de catégories sociales et s’étend au-delà de l’univers politique. C’est tout une culture. "Le clonage Institutionnel" - chapitre sur "la société des rentiers".
"Ote-toi de là que je m’y mette. C’est un Ordre" est leur devise.
Où était le PM Fillon pour défendre le bilan du gouvernement avant et pendant la campagne ?

Le Nouvel Observateur.. Avec cette réserve : la victoire aux municipales ne saurait être un viatique pour les présidentielles. On l’a vu hier. L’Italie victorieuse en demi finale s’est écroulée devant l’Espagne en finale, laquelle Espagne n’a pas pu trouver le chemin des buts face au Portugal dans une demi-finale qui s’est terminée par des tirs au but. Une victoire ne prélude en rien de la suivante ; idem pour une défaite. Bien sûr, ça va mieux en gagnant, si cela peut rassurer le sénateur Raffarin.