mercredi, 22 mai 2013
 

Zone d’interdiction de survol en Libye en sursis

Considérée comme l’équivalent d’une déclaration de guerre à la Libye, l’interdiction de survol d’une partie du ciel Libyen voulue par le Président Nicolas Sarkozy resté seul en pointe sur le sujet n’a pas obtenu l’aval des Européens hier à Bruxelles.

Entre illégalité et réserves, le ton a changé.

Déjà, Hillary Clinton avait indiqué qu’elle ne souhaitait pas qu’une telle décision soit conduite par les Etats-Unis. Dans le même temps, elle a indiqué qu’elle irait à la rencontre des membres de l’Opposition Libyenne. Une façon d’apporter sa reconnaissance à cette Opposition, après que le Président Nicolas Sarkozy ait reconnu cette même Opposition comme seul représentant légitime de la Libye. Un peu sur le modèle Ivoirien avec des Ambassadeurs de l’Opposition en remplacement des Ambassadeurs actuels de la Libye.

Ces décisions unilatérales n’ont évidemment aucun impact significatif.

Concernant l’opposition Libyenne, elle n’a ni commandement militaire et politique, ni entraînement militaire, ni structure, ni projet autre que la déclamation de deux mots d’ordre : chasser Kadhafi du pouvoir et du pays et changer le drapeau Libyen.

Actuellement encerclés et logistiquement asphyxiés, les rebelles reculent et abandonnent leurs positions les unes après les autres. Une zone d’interdiction de survol aurait eu pour objectif caché de ravitailler les rebelles et d’entretenir une guerre civile meurtrière et clivante, un peu sur le modèle de la guerre civile en Côte d’Ivoire commencée en 2000.

Expérimenté en la matière, le colonel a menacé à son tour d’armer tout le peuple. Le carnage aurait été sans précédent. Certains au Conseil de l’Europe, comme Angela Merkel, la Chancelière allemande, ont émis des réserves sur le bourbier que la déclaration de guerre à la Libye pourrait constituer.

Sylvio Berlusconi qui a dénoncé son pacte de non agression avec la Libye pour permettre aux navires de guerre Américains de mouiller sur les côtes Libyennes a émis des réserves en disant qu’il "fallait éviter de pousser Kadhafi à bout, ce serait contreproductif".

Barack Obama, dans sa conférence de Presse d’hier (Vendredi sur le pétrole), a lui aussi émis des réserves en insistant sur le fait que "lorsqu’il s’agit d’envoyer des militaires sur le front, il faut se donner le temps de la réflexion. Ce ne sont pas des décisions qui se prennent à la légère". Il a rappelé qu’il souhaitait le départ de Kadhafi et que ceci était dans l’intérêt de l’Amérique et des Libyens. De l’Amérique ? Certainement. Des Libyens ? Il faut voir (cf l’intervention de l’expert chez Al Jazeera). Puisqu’il faut souffler le chaud et le froid, Barack Obama a rappelé que "toutes les options étaient sur la table".

  "CE NE SONT PAS DES DECISIONS QUI SE PRENNENT A LA LEGERE" (Barack Obama)

Qu’en pensent les analystes ?

Un expert de la BBC pense que le projet a très peu de chances d’aboutir. Pour qu’il ait une chance, il faudrait une résolution des Nations Unies, l’accord des pays Arabes, l’usage d’armes chimiques sur des civils et l’accord de l’Opposition Libyenne. Pour le moment, l’Opposition est armée et ce qu’on voit c’est un affrontement entre des factions armées et non une armée qui tue des civils innocents et désarmés.

Chez Al Jazeera, l’expert a été plus précis. "Les Etats-Unis n’ont rien à faire des Libyens, ce qui les intéresse, c’est son pétrole. Si Kadhafi s’en va, l’exploitation du pétrole sera privatisée". Ce qui n’est pas le cas actuellement. Pour exploiter le pétrole en Libye, il faut signer un accord avec la compagnie nationale des Hydrocarbures Libyens.

Laurent Gbagbo vient de nationaliser l’exploitation et la commercialisation du café et du cacao en Côte-d’Ivoire.

Pour comprendre les positions internationales de certains dirigeants, il faut regarder la situation nationale. La Côte d’Ivoire et les évènements de politique française sont probablement à l’origine de l’insistance du Président de la France pour l’établissement d’une zone de non survol en Libye. Naturellement, cette zone serait située dans l’Est pour protéger l’Opposition.

Et puis, il y a les sondages désastreux pour le parti du Président de la France. Marine Le Pen risque de créer un 21 Avril à l’envers avec l’élimination du candidat de la Droite classique, dès le premier tour. Cela vaut bien une déclaration de guerre à la Libye pour faire remonter les sondages et la cote diplomatique Française.

Les Libyens et les Arabes comptent pour combien dans le calcul politique France ? Leurs représentants du Monde Arabe qui vont se servir de la crise Libyenne pour leurs propres calculs de politiques intérieures - Amre Moussa qui espère se faire élire en Egypte et tous les autres dirigeants Arabes actuellement contestés au même titre que Kadhafi - ne pensent pas aux populations Arabes, ils s’en servent comme ils l’ont toujours fait.

L’Arabie Saoudite, la Jordanie, l’Egypte, la Tunisie, la Libye, la Syrie, Oman, le Yémen, le Koweit, l’Irak, les EAU (Emirats Arabes Unis), le Maroc... tous sont contestés. Si le peuple avait le choix, tous ces dirigeants seraient renvoyés et leurs régimes renversés. Leur légitimité au sein de la Ligue Arabe est contestable, en tous points de vue, au regard des soulèvements populaires auxquels nous assistons.

Les Nations Unies ne peuvent pas, si elles veulent encore conserver un peu de crédit, suivre des dirigeants ainsi contestés par leur base populaire.

 ET LA LIGUE ARABE ? FIDELE A SA TRADITION DE SOUMISSION ET DE COMPROMISSIONS AVEC L’OUEST

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Dernière nouvelle, Moussa Amre, le Secrétaire Général de la Ligue Arabe est favorable à une telle interdiction de survol. Il devrait proposer la mesure à la Ligue dont les Ministres des Affaires Etrangères tiennent réunion aujourd’hui, en session extraordinaire au Caire. Moussa Amre est candidat à la présidence de l’Egypte. Il avait annoncé sa démission du poste. On attend toujours.

Si le départ d’Hosni Moubarak n’affecte en rien la politique Arabe et son alignement sur l’Ouest, alors les révolutions arabes risquent de tomber à l’eau. Moralité, on n’est jamais trahi que par ceux qu’on croit être les siens. Malheureusement, l’Egypte a une longue histoire en la matière. Hosni Moubarak a laissé tomber les Palestiniens. Moussa Amre continue la tradition.

On verra ce que les jeunes contestataires Egyptiens en pensent au moment de l’élection présidentielle programmée par la transition démocratique en Août. Selon le calendrier de l’armée au pouvoir, l’élection présidentielle sera précédée par les élections législatives de Juin 2011.

CONCLUSION

La diplomatie remplace l’option militaire d’une interdiction de survol, malgré la nouvelle tentative de la Ligue Arabe dont les dirigeants ont perdu toute légitimité puisque tous contestés par des révolutions populaires qu’ils contiennent à coup de présence militaire, d’interdictions de défilés et de morts.

En Egypte et en Tunisie et partout ailleurs, doit-on le rappeler, le peuple défile sans armes. Le peuple est pacifique et n’a pas pillé les dépôts d’armes. Dès le départ, les objectifs des révolutionnaires Libyens étaient de précipiter le pays dans une guerre civile. Un mauvais calcul qui laisse planer le doute sur l’identité des révolutionnaires dont on ne connaît pas les véritables meneurs qui se cachent. Qu’on soutienne ou non le colonel Kadhafi, il reste une interrogation sur l’identité de ceux qui mènent l’insurrection Libyenne. Et c’est un problème "qu’on ne peut pas prendre à la légère". (dixit Barack Obama)

Photo Maison Blanche.

 
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