mardi, 21 août 2018
 

Immigration. Face au boom des fausses reconnaissances d’enfants par les sans papiers, que proposent Hollande et Valls ?

Yahoo publie un article instructif du magazine "Elle" sur le business des fausses paternités : « Il reconnait 18 enfants qui ne sont pas les siens ». Comment en est-on arrivé là ? La faute à la CAF ? Pas vraiment, puisqu’elle ne fait que suivre les avis de la Préfecture (titres de séjour) de la Justice (reconnaissance légitime des enfants) en la matière et est donc totalement démunie.

Autre aberration : « Des femmes viennent accoucher spécialement en France pour être qu’on ne puisse les expulsé. Les plus grosses maternité de France sont en Guyane et a Mayotte... Et après on nous vente la natalité "française" qui ne l’est en rien ». C’est souvent le point de départ du processus de la fausse reconnaissance paternelle qui suivra.

Les premières propositions ne s’attaquent pas à la racine du problème.

Voici l’article que nous avons publié à ce sujet le 16 Avril 2012, lors des présidentielles.

Nicolas Sarkozy a proposé de réformer Schengen. C’est un point de départ. Reste que la pression migratoire est un véritable défi aux politiques d’immigration et un casse-tête juridique.

90 % des demandes de titres de séjour en Préfecture pour les sans papiers impliquant une ou plusieurs reconnaissances d’enfants des femmes issues de l’immigration en situation régulière ou naturalisées sont de fausses déclarations qui dissimulent un trafic : reconnaissances contre financement. Coût de la transaction entre 6 OOO à 7 OOO euros par enfant plus services sexuels en échange de papiers ; le tout pouvant se solder éventuellement par un mariage factice qui durera le temps de l’obtention du titre ou de la nationalité pour le sans papier. C’est une source intarissable de régularisation, une voie lucrative et juridiquement imparable.

Tout comme ses prédécesseurs au poste, Claude Guéant à visiblement été dépassé, malgré sa réputation. Que fera le candidat Hollande ? On n’a encore rien entendu de précis et de clair. Nicolas Sarkozy a proposé de réformer Schengen. C’est un point de départ. Reste que la pression migratoire est un véritable défi aux politiques d’immigration et un casse-tête juridique.

Un exemple que j’ai suivi- interloquée - peut fixer le cadre de la complexité. Dans les années de guerre civile en Centrafrique et en Angola, plusieurs ressortissants de ces pays ont émigré en France, femmes et enfants et hommes parfois conjoints dans le même sac. Presque personne n’était menacé, et pour cause, ils n’étaient pas politisés. Mais tous ont émargé au statut de réfugié(e) ; statut qui comprend une prise en charge au moins annuelle - le temps de l’instruction du dossier à l’OFPRA et du recours, en cas de rejet, devant la Commission de Recours et des Réfugiés. La prise en charge consiste à fournir un hébergement, assistance médicale et alimentaire et toutes les commodités pour accueil d’enfants et frais de transports.

On a vu le coût exorbitant que cela pouvait occasionner, rien que pour le logement. 93 millions par an. Lire ici.

Une fois le statut de réfugiée obtenu, l’intéressée a obtenu un logement pour elle et son enfant. Très vite, elle s’est mise en quête de la nationalité française. Pour cela, elle a fait un enfant avec un Blanc pour accélérer le processus. Malheureusement, la liaison a tourné court, après l’accouchement. Le Monsieur avait vu clair dans le jeu de la mère de son enfant. Deuxième enfant.

Après l’obtention de la carte de dix ans, un ressortissant du Congo Brazzaville s’est présenté, venant directement de son Congo natal à la recherche d’une épouse pour "deal" de titres. De Paris, on lui a conseillé la région Rhône-Alpes. Il s’y est rendu et a effectivement choisi notre réfugiée politique, mère de deux enfants. Le premier né en Afrique de père africain et le deuxième en France de père Français. Quelques temps plus tard, est venu le troisième enfant avec ce Congolais vivant toujours au Congo mais faisant de multiples allers et retours. Quand on lui demandait ce qu’il faisait dans la vie pour effectuer tant d’allers et retours, il a fait passer le message qu’il travaillait pour le Président Sassou Nguesso dont il était très proche, faisant partie de son équipe des hommes de main dans le pétrole quoi. Bon.

Question : que vient faire un pétrolier en province Française en recherche d’un titre ?

Poursuivons notre récit. Mariage avec notre ancienne réfugiée puis reconnaissance des deux premiers enfants. Ce qui fait trois. Moyennant quoi, notre ressortissant Congolais obtient à son tour un titre de séjour. Entretemps, notre réfugiée est devenue Française. L’époux fait alors reconnaître sa fille âgée de 24 ans en réalité et dont on réduit l’âge en Afrique à 16 pour la présenter comme mineure. On entre dans la seconde phase du processus qui commence par la reconnaissance de la fille de son conjoint - majeure en Afrique et mineure en France - par notre ancienne réfugiée. L’intéressée est en France et va devenir Française sous peu, par sa belle-mère. Notre ressortissant Congolais, pétrolier déclaré de son état a d’autres enfants qui vont suivre, car d’ici peu, lui-même sera naturalisé Français. Pourtant, il ne vit pas en France, il poursuit ses voyages au Congo où il réside. Son épouse qui n’est que femme de ménage fait les mêmes fréquents voyages. Elle n’est plus réfugiée, elle va chez elle quand elle veut.

Entretemps, le même ressortissant percevait le RMI tout en étant au Congo. Lorsqu’on a vu cela et le dégoût que ça provoque devant tant de laxisme, lorsqu’on assiste médusée à cet enchaînement de faux sur une dizaine d’années voire plus, sans que les intéressés soient contrôlés ou même inquiétés à aucun moment dans la procédure - et pour cause, tout est mis sur pilote automatique - lorsqu’on voit que ce ressortissant vit au Congo avec un titre de résident Français ; titre qu’il sousloue certainement à un sans papier en France moyennant finances et récupération des cotisations retraites, même les immigrés sont ulcérés. A fortiori, les sans papiers qui travaillent réellement en France, dans les conditions d’extrêmes insécurités professionnelles qu’on sait.

Que croyez-vous que les autres font ? Eh bien, ils se sont passés le mot en Afrique et chacun vient tenter sa chance à la loterie du mariage avec les femmes immigrées élevant seules des enfants ; enfants souvent conçus dans des conditions d’extrême précarité pour s’assurer un titre ou des aides sociales. C’est infernal. Alors la boîte de Pandore est grande ouverte. On exploite frauduleusement le droit à la vie familiale. Pour être complet, on exploite également le trafic des visas dans les Ambassades africaines, car lorsqu’on voit le profil des nouveaux sans papiers, tous engagés dans la voie de la régularisation par des fausses reconnaissances d’enfants, on se demande bien comment ils ont pu obtenir un visa, si ce n’est au travers d’un trafic interne dans les Ambassades Françaises à l’étranger.

Mais ceci est encore une autre histoire. Il n’y a pas que les réseaux africains de reconnaissances d’enfants, d’autres réseaux opèrent.

Le candidat Hollande se défend d’avoir dit "qu’il allait régulariser tous les sans papiers". Et pourtant.

Article initialement publié sous le titre "Immigration. Face au boom des fausses reconnaissances d’enfants par les sans papiers, que proposent les candidats ?", au moment des présidentielles, le 16 Avril.

 
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