"J’ai appris ma fonction de Président". Quand Nicolas Sarkozy quitte ses habits de Chef d’Equipe pour revêtir le costume de Chef d’orchestre.
Les thésards - Symphonie - Rainbow Warrior - Général Jaruzelski - Chef d’équipe - Chef d’orchestre - Essai sur le don - Marcel Mauss - Lettre à Elise - Communication globale - Sémiopragmatique - Sémiologie

« J’ai appris ma fonction de Président » - ça fait penser à Bill Clinton disant que « personne n’est véritablement prêt pour la fonction ».
« Du jour au lendemain, on se retrouve avec le poids d’un pays sur les épaules. Au début, j’avais les réflexes de Ministre : réactivité, émotion, rapidité », continue le Président Sarkozy, présent chez Pujadas hier Mercredi.
Oui, mais ce n’est pas de cela seulement qu’il s’agit lorsqu’on vous critique, il s’agit surtout de votre comportement. Regrettez-vous le Fouquet’s ? a demandé David Pujadas.
« Si sur cinq ans de mandat, la seule chose qu’on a retenu c’est le Fouquet’s, que dire du "Rainbow Warrior", des visites auprès du leader Polonais Jaruzelski » (un ex Dictateur) ?
Avez-vous changé ?
Est-ce qu’on change ? Forcément. Si c’était à refaire, il y a des choses que je ferais différemment. Evidemment.
C’était la partie affective de la présence de Nicolas Sarkozy à la 2. C’est assez compliqué de savoir comment dire : le Président, le Président-candidat ou appeler le candidat par son nom. Puisqu’il est encore Président jusqu’à l’élection présidentielle, je vais alterner les titres.
Le candidat Hollande se plaint de l’agressivité de vos attaques ?
Laquelle ?
Quand vous dites qu’il ment matin, midi et soir, par exemple.
Oui, mais si on n’accepte pas les critiques, ce n’est pas la peine d’être candidat. Moi-même, qu’est-ce que je n’ai pas supporté comme critiques : on m’a traité de voyou, de Madoff qui mérite 182 ans de prison, de sale mec, de quelqu’un de pas normal. Que chacun accepte sa part de critique ; qu’il l’accepte avec sang froid, calme et du recul.
A la différence des Etats-Unis où les candidats sélectionnés ne s’affrontent pas vraiment, car il y a un modérateur entre eux, la tradition Française est différente : les candidats s’affrontent, a souligné Nicolas Sarkozy. Si FH ne veut pas être critiqué, il n’a qu’à ne pas être candidat.
On va ajouter ici que l’affrontement au moment des primaires Américaines est rude dans les débats et, dans les films de campagne, il devient carrément meurtrier. Mais ceci ne change rien au propos du Président.
Discours du sénateur Ted Kennedy. Convention Démocrate.
David Pujadas. On a entendu votre slogan de campagne et vos critiques sur vos rivaux, on a moins entendu vos propositions.
Nicolas Sarkozy. La France Forte n’est pas un slogan, c’est un message qui dit que le destin collectif et celui de chacun d’entre nous sont liés. Autrement dit, il ne peut pas avoir d’épanouissement individuel dans un pays qui n’est pas fort. C’est pourquoi, je voudrais redonner la parole au peuple, en cas de blocage. Je l’ai proposé pour l’indemnisation du chômage et pour l’immigration. « La réponse à la crise c’est la revalorisation du travail ».
TVA sociale (pardon anti-délocalisation), formation des chômeurs et revalorisation des salaires, plus de détails sur le programme ici.
En fin d’émission, le Président Sarkozy a rappelé que le traité européen modifié était passé à l’Assemblée Nationale et que les parlementaires de l’Opposition s’étaient abstenus de le voter, envoyant ainsi un signal ambigü de la position de la France à l’Europe. Il regrette que sur des sujets comme l’Europe, on ne puisse pas trouver de consensus transcendant les clivages partisans et politiques, et que les raisons politiciennes prennent le dessus.
Il a rappelé qu’il a eu lui-même à voter les textes européens avalisés par François Mitterand, alors qu’il était dans l’Opposition, car il lui semblait qu’il y allait du destin de la France. Pensez donc que la fille d’un des pères de l’Union Européenne, Jacques Delors, est la Première Secrétaire du PS et que le PS s’abstient de voter un traité sur l’Union Européenne - parce que c’est lui Sarkozy qui l’a signé ?
Note de Scène Publique. Effectivement, cela interroge sauf qu’on est en campagne électorale et que, durant cette période, la Première Secrétaire a perdu la main et c’est le candidat Hollande qui mène la barque. Ayant exprimé sa volonté de revenir sur ces traités, il agit conformément à ses promesses de campagne. Il ne va pas prendre le risque de se démentir dès le départ. Le coeur et la raison ne sont pas toujours en harmonie.
La mutation du Président Sarkozy
Nicolas Sarkozy a eu un mot sur Claude Allègre à propos des Lycées Professionnels pour améliorer l’apprentissage. J’ai indiqué ici mon ravissement sur l’arrivée de Claude Allègre au comité stratégique de campagne de Nicolas Sarkozy. C’est un peu comme si je passais la main au Maître et que ma mission était accomplie, dès à présent. La suite des évènements appartient désormais aux acteurs.
Pourquoi je me réjouis de la présence de Claude Allègre auprès du Président ? Non pas que l’équipe autour du candidat Nicolas Sarkozy soit nulle, loin de là, mais tout simplement, parce qu’à trop avoir le nez collé sur le guidon, on finit par ne plus rien voir que le bout de son nez. A ce moment-là, un regard extérieur est essentiel pour oxygéner l’ensemble. Un peu comme une note musicale fait le contrepoint ou, comme au cinéma, le contre-champ fait palpiter le champ. Hitchcock, le maitre du suspense, a su exploiter la charge de l’angoisse apportée par le contre-champ au champ filmique et régler la respiration des spectateurs. Il disait de lui-même qu’il faisait de la "direction des spectateurs" plus que celle des acteurs.
Donc, cette nouvelle respiration, cette note contrapunctique, Claude Allègre l’apporte. J’ai essayé à ma manière de vous l’apporter et je continuerai à le faire, mais différemment, puisque Claude Allègre est là pour assurer le relais.
Je suis assurée de sa caution, car j’ai une histoire "personnelle" avec l’écrivain Allègre. Je vous ai parlé ici de l’action en faveur de l’apprentissage de la citoyenneté (vulgarisation des politiques publiques auprès des jeunes) qui avait pris corps dans un Lycée où j’intervenais comme Intervenante Extérieure - mandatée par le Contrat de Ville (lire l’action ici, pour ceux que cela intéresse, j’ai relaté l’action ici et ici )-, au cours de deux années de présence au Lycée, un chapitre de mon livre "le clonage institutionnel" que tout le monde connaît déjà par son titre, s’intitule "la société scolaire" dans laquelle j’ai relaté cette expérience et ce qui, à mon avis, manquait cruellement à nos Lycées pour renforcer l’épanouissement « intellectuel » de nos jeunes et leur assurance au sein de la société ainsi que leur place.
Depuis la thèse, où j’avais vécu une expérience durant la soutenance, qui m’avait marquée, j’ai pris l’habitude d’écrire ce que j’ai à dire et seulement ensuite de lire les lectures qui se sont interposées dans mon champ de vision lors de l’écriture et celles qui m’auraient été éventuellement conseillées ou qui résonnent en moi, même si elles semblent a priori sans rapport direct avec le sujet.
Claude Allègre
Lorsque j’ai terminé le chapitre sur la société scolaire, j’ai lu "toute vérité est bonne à dire" de Claude Allègre. Et là, surprise, on arrivait aux mêmes conclusions - coïncidence rare - car, on partait des positions différentes : moi du terrain et de l’exploration et lui de sa position Ministérielle. Cela prouvait qu’il avait une capacité d’écoute et un regard pointu sur la question. Je l’ai cité sur le chapitre, ça fait partie de l’exercice et de l’honnêteté intellectuelle. L’ayant cité, je lui ai fait parvenir le livre et il a accusé réception de l’envoi. Gentiment.
Ca veut dire quoi ? Qu’on ne peut pas donner ce qu’on n’a pas appris à donner et à recevoir. Si vous n’avez pas appris l’honnêteté, vous ne pouvez pas la rendre. Si vous n’avez pas appris à vivre ensemble, vous ne pourrez jamais y arriver. Alors, si le Président dit "qu’il a appris sa fonction de Président", cela me rassure, cela devrait nous rassurer, car apprendre c’est apprendre à recevoir et c’est apprendre à donner.
Et je note une coïncidence extraordinaire, c’est qu’au moment où Claude Allègre arrive dans l’équipe de Sarkozy, ce dernier sort de l’Elysée et installe son QG de campagne où il arrive seul, sans une équipe autour. Il est sorti de son rôle étroit et étriqué de « chef d’une équipe : l’UMP », je devrais dire de "chef de clan", pardon au Président mais il sait qu’on le lui a reproché. Et c’est bien d’envoyer ce signal. Cette sortie de ce rôle restrictif lui permettra également de prendre du recul et de la distance.
Maintenant, il est prêt à devenir un bon Président, c’est-à-dire un « Chef d’orchestre » qui prend en compte l’ensemble du peuple Français et porte le destin de la France. C’est donc une nouvelle partition qui devrait s’écrire. Une vraie symphonie. Il fallait qu’il apprenne ce que signifie le don. Dans son essai sur le don, Marcel Mauss lie en permanence le "Donner" et le "Recevoir" qu’il inscrit au coeur des rapports sociaux. Pas étonnant que Toni Morrison intitule un de ses livres, un don.
Claude Allègre, un don. S’il y a quelqu’un qui peut comprendre qu’un Barack Obama est le produit conjoint (40-50 ans plus tard) des Droits civiques de King et de « l’Ecole de Chicago » qui a commencé à rayonner et s’est spécialisée dans la recherche sur l’intégration des populations issues de l’immigration dans un territoire étranger, c’est bien lui. Pas étonnant que Barack Obama ait été travailleur communautaire, non pas au sens "associatif" que nous entendons en France, mais Universitaire, c’est-à-dire expérimental : clinique et empirique.
S’il y a quelqu’un qui comprend que Mme Merkel pourrait être le produit de l’Ecole de Francfort, c’est aussi Claude Allègre. S’il y a quelqu’un qui peut voir une relation de causalité entre l’Ecole de Palo Alto et la Silicon Valley, c’est encore Claude Allègre et il peut faire comprendre cela aux Universités de France, à savoir qu’il n’y a pas de sujets mineurs pour la recherche universitaire. La réforme universitaire, malgré la défense du Gouvernement, reste à achever.
Comme une symphonie
J’ai volontairement laissé l’expérience de la thèse pour la fin. C’est anecdotique et, en même temps, c’est important surtout pour les thésards. En soutenance de thèse donc, un de mes Maitres à penser était présent dans le Jury, Professeur à Paris. Il a introduit son propos par "Bienvenue dans le monde des semio-pragmaticiens". La sémio-pragmatique est un courant de la Sémiologie qui étudie les choses en termes institutionnels et en termes de dispositifs énonciatifs : c’est la communication globale. "Bienvenue dans le cercle de la sémiopragmatique", cela m’a fait chaud au coeur. C’est ensuite que je suis marquée. Il me dit, vous m’avez fait le plaisir de me citer, mais malheureusement je ne suis plus du tout d’accord avec moi-même sur ce point. Aarch, je me suis dit !
Je suis en désaccord avec moi-même depuis un certain temps sur ce point, a-t-il poursuivi. Voilà. Au moment où j’écrivais la thèse, le seul endroit où je me suis sentie mal à l’aise était précisément sur ce point. J’avais déjà eu du mal à trouver une place convenable à cette section : quel que soit l’endroit où je la positionnais, je n’étais pas satisfaite. Vous allez me dire et le Prof de thèse alors ? C’est-à-dire que nous faisions partie d’un groupe de recherche commun - des Doctorants comme moi et les professeurs comme lui - et souvent, lors de nos journées d’études mensuelles, il arrivait que je sois en contradiction avec les positions - comment dire - "classiques" des Prof.
C’était l’époque où des enseignants universitaires vouaient un mépris total à la télévision, coupable de « lessiver les cerveaux » et où on considérait Internet comme "une poubelle". L’art était Roi. Et moi, j’essayais de dire "oui, mais". En face, je voyais de gros yeux "oui, mais quoi ?" et je m’arrêtais, pour ne pas froisser mon prof et les autres. Mais, avec le temps, 4 ans dans le groupe de recherche, je commençais à dire les choses. On me disait - et ça c’est très Français - que parfois j’avais raison, mais que j’étais limite "agressive". En France, on aime jouer les veuves effarouchées pour très peu. Si les Français de souche vivaient ce que les immigrés vivent, alors ils verraient qu’ils "pleurent" pour des bisbilles.
Mais, que pouvez-vous faire contre le bloc des enseignants ? On essaie et puis l’instant d’après, on se fait tout petit. C’est que l’exercice universitaire exige de vous d’honorer vos prédécesseurs, leurs pensées, de se couler dans le moule. Après seulement vous verrez. Tout en étant d’accord avec l’idée qu’on ne réinvente pas l’eau chaude à chaque fois qu’un thésard nouveau arrive dans le circuit, on peut aussi dire que le propre de la recherche est d’évoluer.
Comment un Professeur peut-il contredire son homologue, lors de la direction d’une thèse ? C’était la difficulté pour mon prof. Surtout lorsque ce Professeur qu’on risque de contredire est une grosse pointure intellectuelle, un Maitre à penser. C’est très difficile. Finalement, je me suis conformée au Système. Ce qui devait arriver arriva donc : le Professeur a été honnête et a avoué ce que je vous ai dit plus haut, il était entrain de revoir sa position justement dans le sens que j’avais pressenti. J’ai eu du mal à avaler cela et à l’oublier, malgré la réussite.
Depuis, ma méthode de travail a changé. J’écris ce que je ressens et vois, sachant que dans ce que je ressens et vois, il y a déjà les parler, les phrases, les respirations, les souffles des Maîtres à penser qui y sont intégrés d’office, par l’apprentissage. Après, je relis les anciens textes des Maîtres à penser ou lis les nouvelles pensées que je confronte à ce que j’ai écrit et, c’est dans la confrontation entre ce que j’ai écrit et les idées qui me frappent que j’ajuste mes propositions. Là, l’écriture devient symphonie et musicalité.
Il me semble que la mutation du Président-candidat Nicolas Sarkozy va dans ce sens. Je lui souhaite donc Bon Vent ! Et je lui envoie cette « lettre à Elise » de qui vous savez pour l’accompagner dans sa course vers les étoiles ou vers le Soleil - je fais allusion aux images du clip qui suit. Bien entendu.