"L’étonnante vie des Africains de Paris". Document M6

"Concours de Miss sénégalaises, parades de dandys congolais, vendeuses de rue ivoiriennes, les Africains de Paris seraient plus d’un million. Situé à deux pas de Montmartre, le quartier de la Goutte d’Or concentre commerces d’alimentation exotique, boutiques de disques et salons de beauté « afros », mais ses rues abritent également d’étranges trafics".
"Si certains membres de la communauté connaissent des réussites exemplaires, d’autres survivent en s’inventant d’incroyables petits boulots. Vendeurs à la sauvette et rabatteurs pour les salons de beauté agacent des riverains et mettent régulièrement la police sur les dents. Plus dangereux : des réseaux clandestins tenus par des « mamas » poussent des filles à se prostituer en recourant à des croyances vaudoues".
"Mais la plupart du temps, il règne une ambiance bon enfant à la Goutte d’Or, parfois carrément festive lorsque Papa Wemba, la star de la musique afro, y fait son shopping. Entre système D, fiesta, déracinement et traditions, plongée au coeur du Paris africain".
C’était donc le menu de l’émission.
FAUSSE OU VRAIE IDENTITE ?
Nous avons relevé quelques faits circonspects. D’abord, la vendeuse à la sauvette de "saa" (en Camerounais) et "safou" en (Congolais) qui se présente comme la fille du "Maire de Yaoundé" ne peut pas avoir une identité vraie, pour la simple raison que Yaoundé n’est pas un quartier ou un arrondissement, c’est la capitale du Cameroun et, comme toutes les villes principales, elle est divisée en arrondissements.
Je ne sais plus exactement combien d’arrondissements la capitale compte actuellement, puisqu’il y a eu des re-découpages administratifs entretemps, mais, en tant qu’enfant d’un ancien Sous-Préfet de Yaoundé 4ème, je sais qu’il y a des maires d’arrondissements et, l’équivalent de ce qu’est le Maire de Paris (Bertrand Delanoë aujourd’hui, J. Chirac hier) s’appelle au Cameroun "Délégué du Gouvernement". Actuellement, c’est un certain Tsimi qui occupe le poste. Avant lui, l’homme qui a marqué la capitale de Yaoundé, comme Jacques Chirac l’a fait à Paris, s’appelait André Fouda. Il a laissé à sa nombreuse famille composée de plusieurs épouses, enfants et concubines, une fortune colossale.
Il existe un quartier Fouda, une église où serait enterré le Maire de la capitale de Yaoundé, une clinique privée, tenue par sa fille je crois, des ha et des ha de terrains dans plusieurs quartiers, des villas en location un peu partout, etc...
Tout ça pour dire qu’un Maire de la capitale de Yaoundé - en fait un Délégué du Gouvernement - est un homme immensément riche et ses enfants ne peuvent en aucun cas être vendeurs à la sauvette à Paris. En Afrique, vendeur à la sauvette c’est le dernier stade de la débrouille. Après ça, c’est la rue. L’identité de cette vendeuse est donc sujet à caution. Maintenant, si cela est vrai, c’est le comble du désespoir.
En Afrique, comme partout dans le monde, il y a de vrais riches (20% environ) et tous les autres. Une classe moyenne émerge constituée des professions intermédiaires : principalement des médecins, des cadres moyens de la fonction publique, des enseignants et des avocats.
PUBLIC A RISQUE MIGRATOIRE ELEVE
Là, c’était l’écœurement. 5 à 25 euros la passe alors que sur le Net, les globe trotteuses "photoshopées à fond" prennent 400 euros la passe et cela se passe dans des hôtels étoilés. Des passes qui peuvent se dérouler dans un local poubelle. Avec ou sans préservatifs ? On n’a pas eu de réponse du docu là dessus. Franchement, là c’est la vraie misère.
Un reportage sur une chaîne concurrente avait montré que la prostitution des blacks ne se pratiquait presque plus sur Paris, parce que les filles y sont traquées, mais en fait, elles prennent le train pour aller un peu plus loin et y travaillent toute la nuit. Et c’est tous les soirs. On a pris une "maman" et à tous les coups il n’y a pas de suites judiciaires pour ces proxénètes au féminin d’origine africaine qui exploitent leurs petites sœurs.
Les filles en provenance du Ghana et du Nigéria majoritairement affirment avoir payé 50 000 euros pour le voyage et doivent rembourser la maman une fois surplace. A 5-25 euros la passe, je vous laisse faire le calcul.
Mais, au-delà, il y a une question de trafic de visa dans les Ambassades qui est posée et confirmée par ce trafic. Il n’y a donc pas que la maman africaine ici qui trafique, mais également le trafic des visas dans les Ambassades européennes en Afrique. L’Allemagne a épinglé un tel réseau de trafic de visas dans ses Ambassades africaines, il y a peu.
Selon, les nouvelles règles d’obtention de visa qui visent à restreindre l’immigration en France, il n’est tout simplement pas possible qu’une jeune femme sans diplômes de surcroît obtienne un visa. C’est un public classé "à risque migratoire elevé".
Quant aux 50 000 euros avancés, à quoi correspondent-ils ?
1. Un billet d’avion aller et retour coûte de 450 à 600 euros. Admettons même entre 1 100 et 1 390 euros chez Air France.
2. Les formalités de voyage
passeports (150 euros environ),
visas de sortie (idem),
assurance rapatriement. Montant inconnu. Mais, sur une base du prix du rapatriement d’un corps sur Air France qui est de 7 000 euros, quel est le pourcentage de l’assurance ? Je n ’ai pas les chiffres.
argent de poche sous forme de chèque de voyages (1 000 euros)
vaccinations (150 euros environ)
3. Reste donc le montant du trafic du visa d’entrée en France qui est lui inconnu. Renseignements pris, les premières estimations sont de 4 500 euros.
Dans tous les cas, le coût du déplacement largement évalué ne peut pas excéder les 15 000 euros. A moins que le trafic du visa soit de 40 000 euros la personne. Ce qu’on n’ose même pas imaginer, car alors, ce serait le jack pot pour les bénéficiaires, les organisateurs et leurs commis dans les Ambassades françaises en Afrique. Une telle somme n’est tout simplement pas à la portée des africains. Donc impossible de payer 50 000 euros pour faire venir quelqu’un en France.
Ajoutons au calcul que le montant des chèques de voyage est restitué ici à l’expéditeur et les billets d’avion (retour) sont revendus surplace.
En fait, l’émission d’hier portait sur l’incapacité et l’impuissance à contrôler ou tout le moins à réguler certains trafics : la prostitution, la contrefaçon, celui des visas et même l’immigration. L’impuissance à traiter également des problèmes d’incivilités, de vie quotidienne et d’insécurité du quartier que les riverains vivent comme un cauchemar.
"LA SAPOLOGIE : ENTRE CARNAVAL ET HALLOWEEN"
Un commentateur dans la métro a eu le mot juste sur le groupe de sapeurs dans le métro, en tenue de fête répondant à une invitation pour une démonstration. Entre carnaval et Halloween. C’est juste car, à Venise, à Rio, à Londres, les carnavaliers et carnavalières arborent des tenues et des masques d’une beauté sublime et d’une excentricité délurée.
Ce que révèle la "sapologie", c’est un perpétuel décalage. Décalage historique, décalage temporel et spatial. Pour commencer, lorsqu’on pense s’habiller comme un "petit Prince", on ne prend pas le métro, mais un taxi. C’est chic, comme la tenue qu’on porte.
Deux. Il y a dans le style des costumes, une tendance vestimentaire post libération des esclaves américains qui effectivement arboraient ce type de tenues extrêmement bariolées et aux couleurs criardes. Considérés jusqu’à leur libération comme des ombres, ils accédaient à la visibilité. D’une certaine manière, c’était pour eux, une manière d’affirmer leur identité d’hommes libres. "Free at last" disait Martin Luther King.
Est-ce le même combat qui se poursuit aujourd’hui en France ? Il faut voir. Carnaval ou Halloween, il faudra choisir, si cela est possible.
BEAUTES DU SENEGAL
Plus ludique, ce moment, mais en même temps, très instructif. Le Sénégal organise la sélection de sa Miss de la manière la plus démocratique qui soit et inclut les Sénégalaises de France. C’est vraiment une renaissance culturelle au Sénégal.
Le moment magique est le retour de la Miss Sénégal au Sénégal, de voir son bonheur et de l’entendre dire "je me sens vraiment chez moi". Une fille de 19 ans qui dit son plaisir de retrouver ses racines, c’est exquis cette façon d’exprimer une dignité retrouvée. A 3 000 kms du Sénégal, en France, son père répond au journaliste qui lui demande s’il voudrait rentrer lui aussi au Sénégal, "oui, on est fatigués de la France. Au temps de De Gaulle et de Pompidou, ça allait encore, maintenant...".
"On est fatigués de la France", toute la désillusion de l’immigration s’entend et se lit dans cette phrase. La France, terre d’accueil, devenue, au mieux, terre de débrouilles et, au pire, terre de trafics, de prostitution et de boulots minables en tous genres.
"ON EST FATIGUES DE LA FRANCE", toute la misère du monde est contenue dans cette phrase. C’est peut-être contre cette morosité que lutte la "société des sapeurs" en dandys insouciants qui luttent contre leur fatigue en France.
Le monument de la Statue de la Renaissance Africaine d’Abdoulaye Wade
P.S. Article libre de diffusion.