L’union bancaire est une fausse bonne idée pour la sortie de crise de l’eurozone.

Depuis le début de la crise de l’euro, des messages contradictoires sont émis de la part des dirigeants et des experts : les premiers se veulent rassurants afin de ne pas affoler les marchés ; lequel affolement pourrait avoir des conséquences imprévisibles. Les experts eux restent sceptiques, malgré les propos confiants des dirigeants de l’eurozone et des effets de menton à la Schaüble (Ministre des Finances de l’Allemagne) disant que "l’euro était indestructible". L’euro ou ce qu’il en restera dans quelque temps ? Et pour cause, messages rassurants après messages de confiance, aucune amélioration n’est visible depuis 3 ans. Ce qu’on voit, c’est, au mieux, une vigilance accrue de l’Allemagne qui veille à ce que « tout ne foute pas le camp » et, au pire, la Grèce qui s’enfonce chaque jour un peu plus, malgré le deuxième changement de gouvernement.
Ce qu’on voit c’est l’Espagne qui tire toujours la langue ; l’Italie qui ne sait plus à quel Saint Marco (le café Saint Marc) se vouer pour résoudre ses maux de tête ; la France qui semble hébétée, figée surplace, devant le désert, la main en visière pour essayer d’apercevoir l’horizon qui semble toujours s’éloigner et danser devant les yeux de Hollande comme une volute de fumée rieuse et provocante : « viens », lui sussure la volute de fumée dansante et, entre deux rires, elle lui lance fort, très fort, dans les aigüs d’une soprano "attrape moi si tu peux" ; après quoi, elle disparaît et Hollande, à l’autre bout du désert se frotte les yeux pour faire une mise au net. Mais déjà, le mirage a disparu. Et voici notre Président, comme Moïse, qui veut que le désert s’ouvre, comme la Mer Rouge, afin de faire traverser la France vers la terre promise, sur l’autre rivage du désert.
Y arrivera-t-il ? Il le croit. J’espère.
Comment ? Avec le pacte de croissance et l’union bancaire. Ici, il y a comme un doute.
Malgré tout, l’Espagne a sauté sur l’aubaine. L’Italie également. Ensemble, ils ont fait bloc avec Hollande contre Merkel pour forcer le passage du pacte de croissance adopté dans un climat de flou total et de précipitation. Mise en minorité, Merkel a regarder les gais lurons passer, sachant que plus loin, une digue plus haute les attendait : le Parlement Allemand qui, contrairement au Parlement Godillot Français est un véritable Parlement. C’est à ce niveau que l’Espagne croise désormais le fer pour sa demande de renflouement.
Vous vous souvenez, le jour où Mme Merkel et Nicolas Sarkozy s’étaient présentés ensemble sur la 1, pour une interview commune, au tout début de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait répondu à ceux qui se plaignaient d’une perte de souveraineté nationale que celle-ci n’était pas perdue, simplement, elle s’exerçait désormais en commun. Il avait eu cette belle phrase "l’exercice en commun d’une seule et même souveraineté".
C’est apparemment sur ce modèle que se fonde l’union bancaire qui serait la transposition économique de "l’exercice en commun d’une seule et même souveraineté". Mais, c’est là mettre la charrue avant les boeufs, puisque l’union politique européenne n’existe pas encore et est un passage obligé vers une Union Bancaire.
C’est cette Union politique établissant des codes communs d’une gouvernance concertée que le traité de consolidation budgétaire - tant controversé, puisque qualifié de traité d’austérité - a validée. Non seulement, le trio Hollande-Rajoy-Monti contestait ce traité le qualifiant d’anti croissance, ils veulent de surcroît passer directement à l’Union Bancaire qui elle consiste à accorder la garantie commune de la zone euro aux prêts consentis par un seul membre. Laquelle garantie commune est destinée à rassurer les marchés sur la solvabilité de l’emprunteur et donc, à faire considérablement baisser les taux d’emprunts.
Ce qu’on oublie de dire dans l’affaire, c’est qu’une gestion saine, permet d’arriver au même résultat. La preuve, Hollande étant en période de grâce - les 100 premiers jours - les marchés ont fait un geste : la France, pour la première fois emprunte à un « taux négatif », nous a-t-on dit, bien que je ne vois pas à quoi cela correspond. Elle ne va pas quand même rembourser moins qu’elle n’a emprunté. Taux négatif ?
La vérité toute nue est que l’union bancaire est une voie royale pour l’emprunt illimité si ce sont les banques qui prêtent ou pour activer la planche à billet de la BCE plus que de raison, faussant la concurrence, la compétitivité mondiale. Au bout de la chaîne, il n’est pas sûr que cela débouche sur un cercle vertueux, car on a vu qu’une telle facilité débouchait sur une gestion pour le moins irresponsable de l’argent public.
Les messages brouillés arrivent au public selon lesquels la seule option est le fédéralisme institutionnel couronné par une harmonisation de toutes les politiques : une vraie communauté. Disant cela, on met l’accent sur la création des structures. Or, c’est l’aspect le plus artificiel qui soit et quasiment irréalisable en l’état actuel des cultures et de l’histoire de la construction européenne. En revanche, rien n’interdit de mettre en place et de respecter des codes de procédures communément élaborés pour viser la convergence. La CONVERGENCE voilà le mot clé et non les STRUCTURES.
Dont acte.
Il ne fallait pas aider la Grèce, ni même l’Espagne. On a vu ce que le "Too big to fail" a donné. Rien du tout. Pour les Etats de la zone euro en souffrance aujourd’hui, on sait tous que la voie de la croissance durable réside dans la RESTRUCTURATION et non dans l’EMPRUNT dont ils ont tous abusé à des fins stériles. L’emprunt illimité, on a vu où il a mené les dirigeants, aux choix faciles, à une vision économique courtermiste, lorsque celle-ci existait. Plus généralement, l’emprunt à volonté a favorisé une navigation à vue des politiques publiques, quelles soient économiques, sociales, catégorielles et autres.
Pensez donc, une union bancaire avec des Etats qui n’assument pas la continuité de l’Etat (la France) ou qui rechignent à le faire (la Grèce, l’Italie) ou qui ne respectent pas les engagements co-signés avec les autres comme les pays de l’Europe du Sud, qui, croyant tricher ou gagner du temps, n’ont fait qu’aggraver leur propre situation. Ils se réveillent après un retard d’un an à l’allumage et réclament une "union bancaire sinon rien", pour garantir leurs prêts à venir. Quel pays peut apporter une telle garantie à de tels Etats irresponsables et désinvoltes qui n’ont aucune parole. Ce sont les mêmes qui veulent qu’on leur fasse confiance aujourd’hui, alors qu’hier ils ont trahi cette confiance en trichant ouvertement. Le malheur des pays de l’Europe englués dans les dettes et les déficits est que ce que l’Allemagne leur prescrit, elle l’a traversé et donc, elle sait que ça marche et comment cela marche. Elle a une longueur d’avance sur les autres Etats. C’est avec elle que ces mêmes Etats malades veulent tricher. C’est comme un malade qui croit tromper son médecin sur l’évolution de sa maladie et sur sa prise des médicaments prescrits par son médecin.
Derrière le beau nom : l’Union bancaire, il y a un loup. Pour le coup, il a des dents terribles. C’est par exemple, l’évasion fiscale qui ne se cache même plus et avec laquelle Hollande et les autres demandeurs de l’Union Bancaire s’accomodent. Tranquillement.
Vous voulez toujours demander au président à quel horizon l’union bancaire ? Vous pouvez. Mais vous connaissez déjà la réponse : "Je l’aurai un jour, je l’aurai", qu’il vous répondra. On commence à comprendre le Président et c’est déjà pas si mal. On a eu du mal. Mais, on s’est accroché en essayant de se caler sur sa "respiration", un peu comme Roland Barthes parle du « plaisir du texte » qui réside dans sa respiration et en se disant "je l’aurai un jour, je l’aurai".
Mais, avec le président, c’est jamais gagné. Je vous rassure tout de suite. Vous l’avez aujourd’hui. Demain, demain ????