dimanche, 19 mai 2013
 

Le ralliement en fanfare de Borloo à Sarkozy : un non-évènement.

  Sommaire  

On connaît les péripéties qui conduisent au ralliement en fanfares et trompettes du jour. Il y a deux façons de se rallier à une candidature : on le fait discrètement comme Christine Boutin et Hervé Morin, qui ont eu le mérite de se porter candidat(e)s et n’ont pas fait semblant de l’être afin de se désister pour mieux marchander ensuite leur ralliement. D’accord, je le concède, ils n’étaient plus en capacité de le faire. Quoique.

Le négoce est cette autre façon de se rallier en défiant toutes les catégories de l’entendement. C’est le cas du ralliement du jour.

Signalons ici que les Radicaux de J.L. Borloo sont un sous-parti affilié à l’UMP, j’allais dire "biberonné" par lui. Comment peut-on même parler de ralliement ici, dès lors que les radicaux de droite sont comme un bébé nourrit au lait de sa mère UMP sans laquelle ils succomberaient à une mort lente et certaine.

Bref Historique d’un ralliement annoncé

Séquence 1. J.L. Borloo a joui d’une position de numéro 2 du gouvernement Fillon. C’était la fameuse époque des Grenelles de l’Environnement, dispendieux et ostentatoires dont on ne sait ce qu’ils ont produit ni ce qu’ils sont devenus. De « Grandes Parlottes » Républicaines comme nos Palabres africaines d’où il en sort plus de tam-tam qu’autre chose et puis, après le bruit, plus rien.

Séquence 2. Non content de cette position de number 2, le sieur Borloo a voulu être Calife à la place du Calife, à la place de François Fillon. Décidément, les places de Fillon plaisent beaucoup à ses confrères. N’ayant pas obtenu satisfaction, il a demandé à partir du gouvernement et s’est constitué en Opposant à Nicolas Sarkozy revendiquant l’indépendance et l’autonomie des radicaux de droite, à cette occasion.

Séquence 3. Rapprochement de J.L. Borloo avec les centristes de Morin et montage d’une Confédération Centriste. C’était l’époque d’une possible déclaration de candidature et d’une entente cordiale entre Morin, Arthuis et J.L. Borloo qu’on voyait ensemble. Déjà Morin à qui on ne la fait pas avait prévenu "J.L. Borloo a son chemin, j’ai le mien". Mais alors si tel est le cas, qui sera tête de liste de la confédération ? Bayrou a pris ses distances. Bayrou n’a jamais voulu d’alliances avec quiconque. Aujourd’hui, il lance un appel à De Villepin. Appel tardif et rejeté par DDV. Fermons ici la parenthèse Bayrou.

Séquence 4. Le temps de la Confédération Centriste a vécu celui d’un Eté 2011 et s’est conclu par une explosion. Morin libre plus que jamais a lancé sa candidature. Arthuis est passé du côté de François Bayrou. On croyait alors que Borloo allait y aller. Que nenni ! Silence jusqu’à l’annonce d’un possible ralliement "sous conditions dont certaines non négociables".

Séquence 5. Des rumeurs circulent sur la possible nomination de J.L. Borloo à la tête de Véolia, en guise de trophée en échange de son renoncement à la candidature. Ebruité, l’entreprise va capoter. Quelques jours après, on apprend que la négociation aurait abouti à faire de J.L. Borloo le seul candidat de l’UMP - branche radicale - des Législatives dans le Nord.

Séquence 6. L’annonce aujourd’hui du ralliement de l’intéressé au Président Sarkozy. Tout cela ressemble à un mauvais scénario, dès lors que l’ensemble est agrémenté d’un "Je suis en Politique et j’y reste", en sorte de défi. A elle-seule la phrase résume ce qu’on reproche le plus à ce gouvernement : la mise en coupe réglée des pouvoirs qui frise "l’imposture". J’y suis et je reste en politique ? Au fait, à quoi sert le vote alors si les candidats sont déjà aussi sûrs de leurs victoires ? Est-ce leur manière à eux de nous dire que les "dés sont pipés" en amont et que le vote des électeurs n’est qu’un vote des gueux puisqu’il ne peut rien y changer ? Eh oui, ainsi va la France, condamnée à re-élire les mêmes qui lui sont imposés par les partis politiques qui ont verrouillé le processus électoral.

Nicolas Sarkozy canalise et cristallise toute cette colère sur les détournements successifs de la République. C’était très précisément ce que Laurent Fabius lui reprochait Mardi au débat sur la 2 : "la gestion non Républicaine" du pays.

 

Entendons-nous bien, je ne dis pas que le PS est exemplaire en la matière. Du reste François Hollande dit qu’il va rester en Politique, quel que soit le résultat et, pour avoir reproché à Lionel Jospin son départ précipité, on ne peut pas demander à François Hollande de s’en aller. Il n’y a pas lieu, d’une manière générale. Et personne ne le lui demande, même si de l’autre côté, Nicolas Sarkozy a raison de moquer les politiques qui n’ont jamais le courage de partir. Pourquoi la chose ne s’applique-t-elle pas à J.L. Borloo ?

Le cas de François Hollande n’a rien à voir avec le parcours en zigzag de J.L. Borloo dont on voit les motivations et les contours sinueux qui inspirent tout sauf la confiance.

"Il y aura un candidat au centre, ce sera J.L. Borloo ou moi" : Hervé Morin, Mai 2011.

Ce qu’on reproche à François Hollande, du moins ceux qui peuvent l’oser, en ses temps d’élection référendaire contre Sarkozy, c’est une « rigidité décisionnelle ». A force d’avoir été taxé de mou, on a l’impression qu’il est passé à l’autre extrême. Lorsqu’il insiste sur la modification des traités européens (une enième) avec tant d’entêtement et qu’il rappelle - comme hier dans son discours à Reims - qu’il va le faire pour "qu’on prenne en compte la croissance", c’est un peu présomptueux de sa part, car il ne va pas et il ne peut pas faire croire au peuple Français que 27 dirigeants européens (moins le Royaume Uni et la Tchéquie) avec leurs staffs n’ont pas pu intégrer cela dans le traité ou sont restés insensibles au sujet qu’il serait le seul à Voir. Avec raison, François Bayrou a qualifié cela de politique "d’Illusion". Il est resté gentil, car on pourrait dire "illusoire". C’est effectivement une illusion et presque une insulte à ces dirigeants européens de dire ce que François Hollande dit aux Français sur la renégociation des traités. A sa place, je "laisserais tomber" tout comme Nicolas Sarkozy devrait cesser de parler de l’immigration : il en parle mal et ça le désert. Pire ça lui nuit inutilement. Le temps du traitement de l’immigration viendra de lui-même. Après les élections. L’immigration est une succession de paliers. Là aussi, François Bayrou a eu raison en qualifiant cette stratégie de "Division". J’ajoute Inutile.

Mardi dans des Paroles et des actes, Nicolas Sarkozy a mentionné que cette élection était probablement la première du 21ème siècle où l’information circule partout en temps réel et "in extenso", ce sont ses mots, en sorte que même les médias sont parfois débordés. Il a ajouté que depuis la sortie de F. Mitterand en 1995, on n’a plus eu de Président sortant candidats à leur propre succession. En 2002, c’était différent, Jospin n’a pas passé le premier tour. Et puis, il y a cette crise terrible.

Laurent Fabius a insisté sur de mauvais choix personnels du Président Sarkozy et sur la gestion "non Républicaine" qui a été rejetée par Nicolas sarkozy, sans pour autant évacuer la totalité de la critique. Le ralliement de J.L. Borloo est à ranger dans cette dernière catégorie : gestion non Républicaine.

Moralité. Il en va des ralliements comme de tout : certains peuvent être encombrants et, plus ils sont sonores, plus ils sont énervants. J.L. Borloo est libre de se rallier à qui il veut. Compte tenu de ses différentes variations de position, il aurait gagné à le faire discrètement sans trompettes et fanfares gênantes.

Lire notre billet précédent sur le sujet.

 

 
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