Les 35 heures. Manuel Valls fait valser la cité interdite
Depuis leur instauration sous le gouvernement Jospin, les 35 heures et leur dame, Mme Aubry, sont sans cesse honnis et toujours remis en selle. Personne a osé les supprimer. A Droite, on craint d’être taxé de démogogue : injure suprême dans le paysage politique. A Gauche, on respectait une discipline militaire à la soviétique.
Et, au-delà des craintes politiques des deux camps Gauche/Droite, il y avait la crainte sociale majeure. A l’instar des congés payés du début du 20ème siècle, les 35 heures ont été présentées comme une avancée sociétale. Peut-être. Mais, que vaut une avancée sociale, si au final, celle-ci se fait au détriment des salaires ou plutôt par un nivellement des salaires par le bas ? Est-ce même encore une avancée sociale ou un recul ? Que vaut un dispositif qui, aux dires de Manuel Valls, l’homme qui a remis le sujet au goût du jour en ce début d’année, a miné la compétitivité de la France ?
Certes, Manuel Valls est candidat aux primaires socialistes et la tentation est grande de lui accoler une étiquette de "va en campagne" qui se sert du sujet des 35 heures pour démolir la dame des 35 heures à la tête du parti, candidate potentielle, en attendant DSK, occupé au FMI. Pour ceux qui suivent les hommes politiques, Manuel Valls représente l’aile idéologique révolutionnaire du PS. Par conséquent, on ne peut pas l’accuser de tricherie ici.
La preuve, l’impact de la déclaration a occasionné une réponse maladroite du porte parole du PS, Benoît Hamon, demandant de "vérrouiller les egos" en réponse à la demande de Manuel Valls de "déverrouiller les 35 heures". D’une manière générale, lorsqu’on utilise les mots de celui qu’on critique pour les lui retourner, c’est qu’on n’en a pas d’autres et c’est en soi un aveu d’impuissance. Le retour à l’envoyeur ne marche pas ici.
DEVERROUILLONS LES 35 HEURES ET LA SOCIETE
Comment faire ? Se poser la question revient à raisonner dans la globalité. En France, le raisonnement est parcellisé : ISF, Bouclier fiscal, 35 heures, retraites, etc. Les solutions qui en découlent ne marchent pas sur la durée, car elles ne sont pas globales. Par exemple, on ne peut pas se contenter de raisonner en termes de partage du travail comme cela a été le cas pour l’instauration des 35 heures sans conduire une réflexion sur ceux qui n’ont pas de travail (les chômeurs) et comment les y mener et sans l’autre réflexion sur les temps du travail qui ne sont pas les mêmes pour tous.
Le "one size fits all" dénonçé par Alain Madelin est étouffant de rigidité. Dans le cas des 35 heures, la rigidité du temps de travail a conduit à celle des salaires. En sorte que l’Etat a subventionné les entreprises une première fois pour passer aux 35 heures et une seconde fois avec la loi TEPA d’exonérations des charges sur les heures supplémentaires. Système totalement absurde où on a payé pour "travailler moins" dans un premier temps et ensuite, depuis 2007, pour "travailler plus".
La nouvelle Présidence européenne est Hongroise et elle réfléchit à un temps du travail non pas en termes de durée quotidienne ou hebdomadaire mais en termes de temps de travail maximal de 48 heures par semaine. Le temps à partir duquel le travail devient une galère. Une fois qu’on se sera mis d’accord sur cette durée maximale hebdomadaire, à l’intérieur, tout sera affaire de liberté contractuelle entre les contractants, à la fois sur les horaires, les salaires et le temps global, selon les métiers, les postes, les emplois, les fonctions et les missions.
Est-ce la fin du SMIG ? Peut-être bien que oui. Mais alors, quelle protection sociale pour les plus faibles, les sans instruction et ceux qui n’ont que la force des bras à offrir ? Il y a deux façons de répondre à la question.
Premièrement. Par l’aide sociale qu’il faudra retirer du marché du travail par la suppression des subventions aux entreprises pour l’emploi. Cela implique de laisser jouer la concurrence, y compris dans le secteur étatique (dixit A. Madelin).
Deuxièmement. Séparant nettement les comptes du marché du travail où jouera une fiscalité compétitive des comptes affectés au traitement social, il va de soi que ceux qui travaillent devraient bénéficier d’une fiscalité souple en échange d’une suppression de l’aide sociale (allocations familiales et autres). La Grande Bretagne a supprimé les allocations familiales pour les familles qui gagnent un niveau de revenus conséquents. En France, ce registre de la suppression des allocations familiales aux familles aisées est une autre cité interdite.
On ne peut pas à la fois bénéficier d’une fiscalité généreuse et des revenus d’un emploi bien rémunéré et émarger aux dispositifs sociaux et inversement. Cet équilibre n’est pas encore trouvé en France et tous les gouvernements jusqu’à présent, soucieux d’électoralisme, n’ont pas non plus tranché, car il faudrait aussi augmenter les salaires.
Au final, c’est un deal gagnant pour tous qu’il faut viser, pour l’Etat, pour l’économie qui va retrouver une véritable compétitivité, pour la croissance et pour les publics défavorisés et pour ceux qui travaillent.
Les 35 heures peuvent encore avoir du sens uniquement pour les femmes qui élèvent des enfants et pour les publics à mobilité réduite ou présentant une invalidité quelconque. Pour les autres, la liberté contractuelle est le meilleur choix.
Il semblerait que les syndicats ne soient pas opposés à une réflexion globale. A un an des prochaines présidentielles, le gouvernement en place depuis 2007 a-t-il le temps de se saisir de ces questions ? Si oui, l’année sera utile. Peut-être bien.
SI LA REFORME DOIT ETRE GLOBALE, ELLE DOIT AUSSI ETRE PERCUE COMME JUSTE CE QUI N’A PAS ETE LE CAS DES REFORMES CONDUITES JUSQU’ALORS.