dimanche, 26 octobre 2014
 

Lybie. Flash back sur un coup d’Etat déguisé en "opération humanitaire de protection des civils".

On a commencé par dire "protection des civils" pour éviter un bain de sang. "Un leader qui annonce qu’il n’aura pas de pitié envers son peuple ne peut pas laisser la communauté internationale indifférente" déclarait le Président Obama pour justifier cette zone d’exclusion aérienne. Disant cela, il prenait le colonel Kadhafi au mot. On sait tous que dans les pays Arabes, les mots ne sont pas forcément suivis d’effets. Ils ont d’abord une valeur symbolique. On a vu cela avec Saddam Hussein.

Pour qui connaît la psychologie Arabe, la surenchère rhétorique est un fait culturel qui ne doit pas être exagéré en y appliquant une grille de lecture occidentale qui, en l’occurrence, est inadaptée sauf à compter elle-même pour un fait manipulatoire. Ce qui a été le cas avec l’interprétation élastique des mots du colonel. La preuve, du 23 Février au moment où les insurgés prennent le contrôle de la ville de Benghazi et entreprennent leur conquête d’autres villes au 19 mars où les avions français procèdent aux premières frappes des avions Lybiens, un mois s’est écoulé où le fils du colonel, Saif al Islam se contentait d’avertir les rebelles.

Bien sûr, il y a eu des bombardements entretemps, mais ceux-ci avaient lieu autour des champs de pétrole pour empêcher les rebelles de s’en emparer. Le bain de sang redouté aurait pu avoir lieu, bien avant, si tel était l’objectif. C’est que le monde a changé, les dictateurs d’hier également et Kadhafi est certainement le leader qui a fait beaucoup de chemin dans ce sens. L’Amérique le sait. Londres le sait. L’Italie le sait. La France le sait. L’Allemagne le sait et a pris acte de cela en ne votant pas la zone d’exclusion aérienne. La France, en particulier, a déroulé le tapis rouge au colonel Kadhafi il n’y a pas si longtemps, avec tous les honneurs dus à son rang de Chef d’Etat. Que s’est-il donc passé entre 2008 et maintenant entre le Président Kadhafi et son ex-ami le Président Français ?

A Londres, la fondation Kadhafi finance plusieurs institutions intellectuelles. Là aussi, que s’est-il passé là entre les bénéficiaires de la générosité du colonel et ce dernier ?

En tout cas, les U.S. et leurs alliés de "l’Aube de l’Odyssée" ont commencé leur opération en bombardant les forces gouvernementales pour les empêcher de ralier l’Est du pays. Ce qu’ils ont réussi à faire et le Président Obama a parlé de succès. Comme si on pouvait parler de succès lorsqu’on est à 20 contre 1. Ce qui a permis aux insurgés d’avancer considérablement vers l’Ouest à Tripoli avec pour objectif de renverser le colonel. Pendant 90 kms, ils n’ont rencontré aucune résistance. Mais, à l’entrée de la ville de Syrte, le pays natal du colonel, les choses se sont compliquées et les rebelles ont fait marche arrière de 130 kms environ.

 CONTAMINATION REGIONALE AVEC AL QAEDA A L’AFFUT

Dès le début de l’opération, les alliés ont bombardé l’artillerie, les tanks avec leurs soldats rentrant sur leurs bases, les bases militaires et les dépôts d’armes Lybiens. Ce matin, ils ont coulé des navires lybiens les accusant de tirer sur des bateaux civils. Nul ne sait si ces bateaux peuvent servir de pont d’approvisionnement des rebelles en armes. L’opération est moins une no-fly zone qu’une volonté d’asphyxie du régime.

Depuis hier (le 29 Mars), à Londres et à Washington, on parle d’aide humanitaire et d’armer les rebelles pour permettre leur avancée vers l’Ouest. Barack Obama, qui risque de perdre pied dans l’affaire, va peut-être jouer son va-tout. Il a dit hier aux médias qu’il "n’excluait pas d’approvisionner les rebelles en armes". Ce que Hillary Clinton traduisait à Londres en parlant "d’un transfert légitime des armes", comme si un transfert des armes pouvait être légitime sur le plan moral, comme si une telle action était légitime dans un pays souverain et comme si l’option humanitaire de protection des civils était compatible avec le feu d’une guerre dont la fin reste floue, sans compter les effets de contamination régionale au regard de ce qui apparaît de plus en plus comme un double standard et un acharnement sur la Libye, alors que l’Arabie Saoudite, le Yemen et Bahrein oppriment aux aussi leurs minorités shiites, un peu sur le modèle des Kurdes, souffre douleurs de Saddam.

Mais voilà, les shiites ont le tort d’être descendants des Perses (Iran). Donc, leur protection n’intéresse pas les alliés en guerre sur le nucléaire contre un Iran rebelle. Que se passera-t-il si l’Iran décidait, à son tour, de venir aider ses frères, comme le roi de l’Arabie l’a fait en envoyant un millier de ses soldats à Bahrein prêter main forte au Prince sunnite afin de protéger la domination sunnite dans la région et d’aider le Prince du Bahrein à contenir la rebellion de sa minorité shiite ?

Le Ministre des Affaires Etrangères de la Turquie rappelait hier, avant la réunion de Londres, qu’il allait insister sur le respect de l’application de la résolution, rien que la résolution. Il a ajouté que l’expérience a montré que toute guerre conduite sans objectifs politiques clairs et sans prise en compte des facteurs psychologiques tout autour n’avait aucune chance de réussir. A bien y réfléchir, c’était déjà un peu le cas de la guerre du Vietnam.

 LE NOUVEAU CRENEAU EST D’ARMER LES REBELLES

On a commencé par dire "protection des civils" pour éviter un bain de sang. Ensuite, on a procédé à des bombardements massifs. Maintenant, on parle d’assistance humanitaire et d’approvisionnement des rebelles en armes en exploitant les failles de l’expression "autorise à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les civils" de la résolution 1973. Jusqu’où ira la coalition ? Et pour quelle durée ? Les discours se suivent mais aucune réponse sur ce point.

Selon le Secrétaire Général de l’OTAN, Rasmussen, l’application de la zone d’exclusion aérienne en Lybie sera policée au regard de la mission Onusienne d’établissement d’un embargo sur les armes et de protection des civils. "Nous sommes là-bas pour protéger le peuple et non pour l’armer".

Avez-vous noté que personne ne parle plus de démocratie mais d’armes et de bombardements ? En Egypte et en Tunisie, on parle de processus démocratique et on travaille aux prochaines élections. Qui parle des élections en Lybie ? Les élections présidentielles auront lieu en Egypte en Septembre. Amre Moussa, le Secrétaire Général de la ligue arabe sera candidat. Il n’était pas présent hier à la réunion de Londres et a envoyé un délégué. Une absence qui en dit long.

L’Union Africaine n’était pas présente non plus. Un bon point, même si l’Afrique du Sud a voté la résolution 1973.

Les membres de l’opposition Lybienne demandent que la coalition leur fournisse des moyens de communication et de transport pour acheminer le pétrole vers le Qatar. Du Qatar, le pétrole pourrait aller vers les bombardiers qui opèrent au-dessus du territoire Lybien.

L’opposition demande aussi la levée du gel des avoirs Lybiens et leur mise à leur disposition. En clair, que les alliés reconnaissent leur signature à la place de celle du colonel, sur le modèle de ce qui s’est fait en Côte d’Ivoire où les 3 ténors, la France, le Royaume Uni et les U.S. ont reconnu la victoire d’Alassane Ouattara. Celui-ci signe donc pour régler les diplomates qu’il a désignés pour ces pays et on ne sait plus où. En Côte d’Ivoire, des élections se sont tenues tant bien que mal. Dans le cas de la Lybie, rien de tel est prévu.

"Martin Luther King avait dit dans cette même cérémonie il y a des années :"la violence n’apporte jamais une paix durable. Elle ne résout aucun problème social ; au contraire, elle en crée de nouveaux et de plus compliqués encore". Etant une conséquence directe du Travail de toute une vie du Dr. King, je suis un témoignage vivant de la force morale de la non violence. Je sais qu’il n’y a rien de faible ni de passif ni même de naïf dans le crédo et dans les vies de Gandhi et de King". Barack Obama, Décembre 2009.

Extrait du discours de B. Obama recevant son prix à Oslo sur la "guerre et la paix" - A relire ici.

Jeudi 31 Mars

On a appris de Reuters que le Président Américain aurait signé une ordonnance tenue secrète autorisant le soutien aux rebelles Lybiens et le déploiement des agents de la CIA à leurs côtés pour glander une information de première main. C’est ainsi que les premiers signes d’une présence des combattants d’Al Qaeda aux côtés des rebelles ont été détectés. Présence qui reste à confirmer.

Ce même jeudi, le Ministre des Affaires Etrangères de la Lybie est arrivé à Londres. De là, il a annoncé son départ du gouvernement Lybien qu’il soutenait bec et ongles hier encore. Les rebelles n’ont personne de politiquement fort à leur tête. Ils ne sont ni organisés, ni expérimentés tant sur le plan militaire que politique. Leurs leaders restent dans l’ombre. La démission du Ministre des Affaires etrangères s’ajoute à une liste d’autres diplomates Lybiens ayant précédemment démissionné.

Au 23 Août 2011

Il est intéressant de voir comment les positions de tous les acteurs cités ici ont changé. L’escadron de la mort de l’alliance de l’OTAN a opéré un changement de 180° dans son discours. "L’opération durera autant que cela sera nécessaire". L’opération pour une durée illimitée donc sans qu’on ne sache quel était l’objectif précis.

Mercredi 24 Août.

Après avoir saccagé le Palais Présidentiel à Tripoli, avec le mépris qui convient aux grossiers personnages qui ne respectent même pas leur patrimoine, les rebelles ont mis à prix la tête du Président Kadhafi. Pitoyable pour un gang des rues de Benghazi monté par Paris pour usurper le pouvoir à Tripoli. Ils sont à Tripoli, que veulent-ils de plus ?

Lire ci-dessous dans le Réseau Voltaire, comment Paris a monté la rebellion à Benghazi à partir de rien. Des méthodes de barbouzes au Pouvoir.

La France préparait depuis Novembre le renversement de Kadhafi

 
A propos de Scène Publique Internationale
Sans réagir sur le fond des motifs du mandat d’arrêt international du Président Soudanais : crimes de guerre et crimes contre l’humanité, l’Union Africaine a pourtant manifesté son extrême prudence pour cette condamnation d’un de ses membres. Raison avancée : la sécurité et la paix doivent primées sur la (...)
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