samedi, 25 mai 2013
 

Réduire la durée d’indemnisation du chômage fera-t-il baisser le chômage ?

Pierre Mehaignerie exprime son souhait de réduire la durée d’indemnisation du chômage actuelle qui est de 23 mois sans dégressivité. Selon lui, cette durée n’incite pas les chômeurs à rechercher rapidement un emploi. Elle les protège trop et les incite à la paresse. Si ne pas travailler paie autant que travailler, pourquoi travailler ? Ce raisonnement de premier degré est à mettre sur le compte des prochaines déclarations politiques qui ne vont pas manquer de populisme et de visée électoraliste.

L’idée ne résiste pas aux contradictions.

La première, émise par les accusés (les chômeurs), est que le chômage est un droit, un dû puisque les chômeurs ont cotisé à cet effet.

La seconde, émise par un patron chez BFM ce matin a resitué le problème dans sa globalité en indiquant que le montant de l’indemnité moyenne du chômage est de 1111 euros /mois. Pas de quoi vivre richement. Ensuite, s’il est vrai que notre système de protection sociale est nécessaire, il ne faudrait pas donner l’impression que les difficultés actuelles rencontrées par le système sont générées par le système. La protection sociale coûte de plus en plus cher et est de plus en plus inefficace.

Comment rendre le système moins coûteux et plus productif ? C’est la vraie question.

 MOINS COUTEUX, PLUS EFFICACE TOUT EN CREANT UNE CINQUIEME BRANCHE, COMMENT FAIT-ON ?

En posant la question sous cet angle, on sort de l’écueil qui a plombé la réforme fiscale où on a raisonné par petits bouts (ISF, Bouclier fiscal, …) sans objectifs ni vision d’ensemble. En proposant des solutions parcellisées, non globales, on ne fait que reculer le débat au lieu de s’attaquer au cœur du problème.

On voit par exemple aujourd’hui, comment l’absence de réflexion sur les conflits d’intérêts a désastreusement contribué à la fondation des réseaux endogamiques entre l’industrie pharmaceutique et l’appareil d’Etat, avec des agents de l’industrie pharmaceutique qui se retrouvaient dans les cabinets ministériels du Ministre de la Santé, avec pour conséquence un éloignement entre les fabricants de médicaments et leur consommateur final.

Le scandale du Mediator a été rendu possible par l’opacité des relations institutionnelles entre l’industrie pharmaceutique et les régulateurs (l’Etat) d’une part et, d’autre part, entre la même industrie et les prescripteurs que sont les médecins. Cette relation et le lobbying généré se sont faits sur de gros volumes, au détriment de la santé des malades. Mais là, on n’avait pas crié au scandale. Le secret avait été bien gardé. 1000 morts après, cela n’a pas changé et le Médiator trône toujours sur les rayons pharmaceutiques.

Réforme fiscale, réforme de la protection sociale, conflits d’intérêts dans l’inefficacité des politiques publiques de santé, dans tous ces domaines, une réflexion d’ensemble doit précéder les déclarations et l’action.

 TRANSITION CIVILISATIONNELLE

S’agissant du chômage, il faut poser la question en rapport avec la formation, la reconversion professionnelle et la création d’emplois. Si la France a perdu 20 à 30 % de sa productivité, comme il a été dit par un expert de BFM, et si par ailleurs, sa compétitivité est également en baisse, comment va-t-on créer des emplois ? Comment va-t-on former les gens pour aller vers plus d’adéquation avec les profils recherchés sur le marché de l’emploi ? Là aussi, on sait qu’un nombre considérable d’offres ne trouvent pas de profils adéquats et ne sont pas pourvues. Cela touche aussi la question de l’orientation et des formations initiales.

On peut toujours rappeler les chômeurs à plus de célérité, en les accusant parfois de travailler au noir et d’obtenir un revenu d’appoint non déclaré parallèlement aux indemnités de chômage, il faut le faire en respectant le contrat social et en respectant aussi la transition civilisationnelle - évoquée par Alain Madelin dans le débat raté de la 2 où il a systématiquement eu la parole coupée - dans laquelle nous trouvons. Les licenciés de Continental n’ont pas retrouvés du travail. Tous. Ce sont là des situations qui interrogent aussi l’éducation nationale.

Barack Obama a institué une prime de 2 500 dollars par famille pour soutenir leurs enfants à l’université. Investir dans l’éducation pour former les étudiants aux nouveaux métiers de demain fait partie des axes d’intervention qui favoriseront la transition civilisationnelle. C’est un débat qui dépasse la durée d’indemnisation du chômage que les Républicains américains voulaient également réduire drastiquement. Barack Obama a obtenu une rallonge d’un an à renégocier année par année, en fonction de la conjoncture économique américaine globale. La conjoncture économique, voilà un autre argument qui manque à l’idée de Pierre Mehaignerie.

Les élections arrivent, on devrait assister à un concours de propositions rapides, les unes par provocation, les autres pour sentir le pouls, d’autres encore pour prendre les adversaires de vitesse et revendiquer la paternité de l’idée, ce n’est pas plus mal, si c’est cette manière qu’on a choisi de poser les problèmes et d’en démêler le vrai du faux.

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