mercredi, 7 décembre 2016
 

US. 14 000 Libérians menacés d’expulsion fin mars.

Mais d’abord, rappelons le contexte historique. En 1989, Charles Taylor se lance à la conquête de Monrovia, la capitale du Libéria. Il est alors le chef des rebelles du Front national patriotique du Libéria. Sur le chemin de Monrovia, il rencontre un autre rebelle Prince Johnson qui s’est emparé de la capitale après avoir mis à mort le Président Samuel Doe. Le conflit va durer 10 ans qui feront, selon les chiffres des Nations Unies, 250 000 morts et déplaceront plus de 1 million de personnes. Les Etats-Unis ont donc mis en place ce statut de protection temporaire pour accueillir les Libérians qui demandaient refuge. Aujourd’hui, 14 000 Libérians bénéficient de ce statut, délivré conjointement par le Ministère de l’Intérieur et le Bureau de la Citoyenneté et des Services de l’Immigration. Il s’applique à tous ceux en provenance des pays en guerre civile ou de pays victimes de catastrophes naturelles.

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Charles Taylor jugé au Tribunal Pénal International pour crimes de guerre

Pendant des années de guerre civile et de dictature du régime de Charles Taylor, ce statut a été systématiquement renouvelé. Les viols, les assasinats, l’esclavage des enfants soldats et sexuel (des femmes), les amputations, l’élimination de l’opposition étaient des pratiques de guerre reconduites dans la gouvernance dictatoriale de Charles Taylor. Charles Taylor a été chassé du Pouvoir en 2003 et en 2006, Mme Ellen Johnson Sirleaf a été élue Présidente du Libéria. En 2007, le Président G. W. Bush a prolongé le départ obligatoire des Libérians sous protection temporaire des Etats-Unis de 18 mois supplémentaires. Ce délai expire le 31 Mars.

 L’histoire se répète

L’échéance de la date fatidique a donc relancé le débat entre les pour "le retour des Libérians au pays natal" et ceux qui sont contre. Ceux qui sont contre pensent que, compte tenu du délai écoulé et de l’intégration des Libérians dont certains ont fait des enfants sur le sol américain - des enfants américains - les Libérians doivent pouvoir accéder à la citoyenneté. Ceux qui sont pour, comme le Président de la Fédération de la réforme de l’immigration aux Etats-Unis, Dan Stein, disent « qu’il est temps pour les Libérians de rentrer chez eux et de participer à la reconstruction de leur pays ». Dan Stein souligne que « dans statut de protection temporaire, il y a temporaire ». Il considère « que, si les Libérians continuent à séjourner aux Etats-Unis, alors que leur pays a retrouvé la paix, cela s’apparente à un abus d’hospitalité ».

Dans l’Etat du Rhode Island et dans celui du Minnesota, il y a une forte communauté Libérianne qui s’est implantée dans le business et dans la société. Contre le projet de retour des Libérians chez eux, le sénateur du Rhode Island, Jack Reed précise que « les Libérians ont des enfants qui sont citoyens US. Pourquoi fait-on passer les enfants après le droit à l’éligibilité au séjour ? Ces gens ont travaillé dur ; ils ont joué le jeu de la loi et ils ont payé les impôts. Ils sont ici légalement. Je crois que ceci devrait être pris en compte pour les laisser séjourner aux Etats-Unis ».

Depuis des années, le sénateur Reed fait partie de ceux qui oeuvrent pour l’extension du statut de protection temporaire. Il continue à pousser fort, puisqu’il préconise un changement de la loi qui interdit à ceux qui bénéficient du statut de protection temporaire d’accèder à la citoyenneté.

 Le loi ou la morale

Devant cette confrontation entre la loi et la morale, les Services de l’Immigration ont indiqué qu’ils consulteront la Maison Blanche et le Département d’Etat pour déterminer la meilleure conduite à tenir sur ce dossier du retour des Libérians au Libéria.

Des experts considèrent que plusieurs ressortissants du Libéria ne se sont pas faits enregistrer dans les servives de l’Immigration, sachant que le statut de protection temporaire signifiait un retour à terme dans le pays d’origine. Il y a donc beaucoup de clandestins Libériens - les alliens, comme on les appelle - qui ne seront pas concernés par le retour au pays. L’histoire ne dit pas encore si on peut faire de la délation hospitalière : chose entendue ici en France. Ou si on peut cacher des Libérians dans les caves. Méthodes du temps d’avant la Libération que nous reconduisons dans une République civilisée. Vous avez dit politique de civilisation ?

Le Libéria a été créé en 1816 pour y accueillir les anciens exclaves affranchis des Etats-Unis. Le Libéria est indépendant depuis 1847. Les enfants des descendants des esclaves représentent 5% de la population. Pourtant, ce sont eux qui ont été constamment au Pouvoir. Les dirigeants de ce pays ont effectué leur formation scolaire aux Etats-Unis. Mme Ellen Johnson Sirleaf était cadre au FMI.

 
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